La société Socimex est dans le viseur de la police judiciaire. Elle a curieusement remporté, ces dernières années, tous les marchés d’importation et de fourniture du riz et autres denrées dans le cadre des festivités de fin d’année, que ce soit pour l’administration que pour des entreprises et services, SCTP, ACGT, FPNS, etc.

Rien n’a échappé à la firme du libanais Ibrahim Issaoui. Le VPM et ministre du Budget, Baudouin Mayo, lui a versé, fin décembre 2019, près de 7 milliards de FC (environ 4.5 millions de dollars), toutes taxes comprises (TTC) dont plus de 3.7 milliards pour 47.000 sacs de riz au bénéfice des fonctionnaires. En 2017, Pierre Kangudia a versé à Socimex, 2.075.807.250 FC TTC soit environ 2.2 millions de dollars, pour fournir 27.957 sacs de riz à la Fonction publique. En 2016, pour le même objet, alors ministre du Budget, Michel Bongongo, a versé plus de 2.2 milliards de FC toujours à Socimex, toujours après un simulacre d’appel d’offre dont nul n’est au courant si ce n’est le concerné.

En 3 ans, Socimex aura perçu près de 10 millions de dollars pour importer le riz en fin d’année, alors qu’il a suffi juste de 2 petits millions de dollars pour que la rizière de Masina produise, au moins 13.000 sacs de riz de 50 kg l’an. Du bio. Et voilà qu’il se rapporte que la police judiciaire a dans son viseur le service de douanes, la DGDA, qu’elle a déjà neutralisé un certain Vangu Nestor, commissionnaire en douane qui, couvert par sa hiérarchie, a fait bénéficier à l’entreprise d’import-export Socimex du Libanais Ibrahim des exonérations totales de droits de douane et des compensations de 25 millions de dollars.

Le site hydro-agricole de Masina, à une vingtaine de Kilomètres du centre-ville de Kinshasa aurait dû être opérationnel, voilà pratiquement 10 ans. Alors que les différents gouvernements de la RDC proclament combien l’agriculture est priorité des priorités, avec des chapelets des conférences et colloques sur l’agro-business, le pays a cependant manqué de verser sa quote-part, juste 2 petits millions de dollars et n’a pas non plus sollicité une aide des partenaires extérieurs DFID, AFP, CTB, etc.,
Tout porte à croire que les décideurs rd congolais, peu importe les tendances politiques, s’activent à accorder une position dominante du marché du riz à Socimex. Non sans opération retour. Le Programme de développement de la riziculture dans le site hydro-agricole de Masina (PDRM) nécessite, en effet, 17 millions de dollars. La Banque arabe pour le développement en Afrique (BADEA) a déjà versé 10 millions de dollars et le Fonds de l’OPEP pour le développement international (OFID), 5 millions de dollars. Ces 15 millions de dollars ont permis à avancer considérablement le projet: près de 725 hectares des terres agricoles aménagés, et30 Km de pistes agricoles, etc., La société Sisco va, en effet, construire, pour 259.000dollars, des magasins de stockage de riz et aménager des aires de séchage sur le site hydro-agricole de Masina. Le PDRM devrait produire, à terme, 650 t de riz. D’après Jean-Louis Ndonda, auteur de « L’incidence des importations et aides alimentaires sur l’agriculture congolaise », la RDC importe plus de 100.000 à 250.000 tonnes de riz chaque année, surtout en provenance d’Asie. Et ce riz provient des stocks de sécurité alimentaire du Vietnam, de Laos, Pakistan, etc., et sont âgés au moins de 3 à 4 ans. Il y a peu, des agents de la douane (DGDA) ont laissé filtrer l’information selon laquelle une cargaison de riz qui donne des signes d’avarie venue probablement du Pakistan, a été retirée de force des entrepôts de la DGDA et qu’il serait probable que ce riz portant l’étiquette « Dana Rice » soit écoulé sur le marché local. Outre le site de Masina, la production du riz s’est aussi développée à Ngwele/ Kingabwa. Ici, non plus, pas un seul centime de subvention de l’Etat. Plutôt la tracasserie des agents économiques et de la police. Selon l’Institut national pour l’étude et la recherche agronomique (INERA), des dizaines de tonnes de riz dans l’ex-Province Orientale ou encore dans le Grand Équateur pourrissent dans les greniers faute d’acheteurs et de voies de desserte pour leur évacuation vers les centres de consommation. La relance de la Banque de crédit agricole (BCA) fait pourtant partie des 28 mesures urgentes du gouvernement décidées en janvier 2016. Le budget 2020 du secteur agricole est de 142.932.170,20 dollars dont 55.933.514, 75 soit près de 40 % attendus des partenaires extérieurs pour «le Projet d’appui à la réhabilitation et à la relance du secteur agricole», lit-on dans le projet de budget général 2020. En clair, pour la bonne bouffe, les rd-Congolais ne doivent pas compter sur leur gouvernement.

POLD LEVI MAWEJA

By 24news