Par Patrick B. KABONGO

CEO Kabissel SySTEMs & Consultant en Protection des Infrastructures Critiques, Ottawa-Canada

Ottawa, 28-Decembre-2020

Ce document propose une réponse à la problématique récurrente sur le manque d’infrastructure en République Démocratique du Congo. J’essaierai de montrer que la RDC devra créer une structure apolitique pour la gestion des infrastructures critiques. Cette structure peut porter différents noms notamment un Conseil National Pour les Infrastructure Critiques (CNPIC) qui aura pour rôle d’initier les Etats généraux des infrastructures critiques en RDC pour aboutir sur la création d’une stratégie relative aux infrastructures critiques et l’accompagnement des tous les projets relatifs aux infrastructures critiques. Elle travaillera de concert avec Présidence de la République, la Défense Nationale, les Affaires Etrangères, les travaux publics et Infrastructures, le Conseil National de Sécurité, la police et d’autres partenaires juges utiles selon les bonnes pratiques en la matière. Cet accompagnement pourra porter sur plusieurs axes, notamment la normalisation et coordination entre partenaires.

La RDC, un scandale géologique, avec cependant une population extrêmement pauvre et dont un très grand nombre vit à l’étranger parfois dans des conditions très difficiles. Une foi à l’étranger le Congolais sait bien voir la différence entre son pays d’origine et son nouveau pays d’accueil avant même d’y séjourner un jour de plus. Le premier élément frappant, dès son arrivée, est la qualité des infrastructures et services au niveau de l’aéroport ou du port d’accueil. En se référant à son pays d’origine, le congolais apprécie à sa juste valeur l’environnement très diffèrent, mieux structuré des pays étrangers à tel point que certaines familles n’hésitent pas à vendre ce qui leur est le plus cher dont leurs maisons, parfois à leurs risque et péril pour aller vivre dans un pays étranger.

Une fois installés, les compatriotes posent différents regards selon leurculture, leur éducation, leurs ambitions etc. Certains posent un regard de mépris total sur leur pays d’origine jusqu’à traiter ce dernier« d’enfer sur terre ». Certains choisissent carrément d’oublier leur pays et préfèrent se fondre dans la masse, quitte à ce que la vieillesse ou un incident social maladroit vienne leur rappeler leurs origines. Et d’autres continuent à croire que le pays pourrait changer et se décident de faire un pas pour accompagner le dit changement. C’est dans cette optique que s’inscrit cet article.

Mes observations

Dans cet article, je parle de mes observations lors de mes différents voyages à travers le monde en commençant par certains pays Africains, Européens, Asiatiques et Américains. Bien que n’ayant pas encore visité l’Australie, la littérature et les médias me renseignent que ce pays présente un indice de développement similaire à certains pays européens et américains déjà visités et il fait partie des puissances mondiales.

A l’issu de ces explorations, une question me revenait toujours de savoir : Comment ont-ils fait pour construire leurs pays ? Qu’est ce qui manque à la RDC pour y arriver ?

Ces questions m’avaient poussé à évaluer plusieurs domaines d’études pour savoir ce que je pourrai apprendre pour comprendre la problématique.

Je crois avoir une bonne partie de la réponse : Les pays qui ont des infrastructures développées ont en commun une stratégie nationale ou régionale pour les infrastructures critiques. Ils ont également des programmes et politiques cohérents sur la mise en œuvre et la gestion de ces dernières à travers leur cycle de vie complet. Ceci et vrai peu importe le continent où se trouve ce pays.

Comme tous les congolais, j’ai été frappé et souvent fasciné par la beauté des autres pays que j’ai visité en Afrique tel que l’Afrique du Sud, le Kenya, le Rwanda dans une certaine mesure ; quelques pays européens tel que l’Angleterre, le Finlande ; quelques pays asiatiques tels que l’Inde ainsi que certains autres de l’Amérique tel que les Etats Unis et le Canada je réside actuellement. Un dénominateur commun dans ces pays c’est leur niveau élevé des infrastructures et de vie.

Il y a de très bons ingénieurs, de très bons architectes au Congo ! Alors pourquoi le pays n’arrive-t-il pas à être transformé ? Pour son développement, il est plus que temps que la RDC mette en place des politiques claires et des lois en matière des Infrastructures critiquesgage de tout développement. Cette politique devra s’appesantir sur le cycle de vie des infrastructures dont la gestion, le financement, l’entretien, l’expansion et la destruction. Ceci est confirmé par plusieurs rapports dont le rapport de McKinsey qui propose des pistes de solution pour résoudre le paradoxe des infrastructures en Afrique.

Il est important d’élaborer des normes et standards de construction qui devront être utilisés pour évaluer les travaux des infrastructures réalisées. Sans cette approche structurelle, il serait utopique de penser au développement de notre pays. En effet, lorsque l’on ne sait pas définir nos besoins, on peut accepter n’importe quelle qualité d’infrastructure comme c’est le cas depuis un bon nombre d’années et le blâme sera toujours jeté à tort sur le « constructeur ».

La RDC, à travers ses différentes régions, est victime des intempéries qui de fois causent des dommages sérieux tant à la population qu’à l’économie du pays. Les dommages ainsi causés peuvent être le résultat de la politique, du social, des lois, de la culture et bien d’autres facteurs. Tous ces facteurs influencent d’une manière ou d’une autre notre interprétation de ces évènements, notre réponse et la manière dont les responsabilités peuvent être déterminées (Quigley et. all, 2017).

La RDC devra développer un régime approprié pour la gestion des risques liés notamment aux évènements appelés « cygnes noires ou black Swan » qui sont des évènements rares mais a haut impact tel que les catastrophes naturelles du genre inondations, tremblements de terre, feu de forêt etc. Le pays peut s’inspirer des régimes de gestion des risques dans les pays qui ont déjà fait leur preuve et les adapter, il n’est point question de réinventer la roue.

Il existe plusieurs modèles de gestion de risque. L’un d’entre-deux est par exemple le modèle de méso-niveau de Hood, Rothstein et Baldwin (2001). En appliquant un modèle comme celui-là il est possible d’identifier le pourquoi des écarts entre la préparation et les réponses aux risques. Conséquemment, il est possible d’apprécier l’efficacité de ces régimes de gestion de risques. Cela nous permettra aussi de comprendre le rôle que jouent les assurances, le gouvernement, les médias, la population et ses pressions et les lois dans la protection des infrastructures critiques qui protègent notre civilisation (ou nation). C’est seulement en comprenant ces choses qu’il sera possible aussi d’attribuer les responsabilités lorsque des catastrophes arrivent et nous permettra de comprendre la nécessité de tirer des leçons des différentes catastrophes. Delà nous serons en mesure de rétablir la confiance du peuple dans les actions gouvernementales, confiance plus que nécessaire afin qu’ils s’approprient des différents programmes.

Qu’entend-t-on par « infrastructure critique » ?

Etymologiquement le mot « infrastructure » vient du latin « Infra » qui signifie en dessous ou à l’intérieur. Le mot structure quant à lui signifie « la manière dont quelque chose est construite, arrangée ou organisée ».  Ainsi, l‘infrastructure est définie commeun ensemble d’éléments interconnectés qui fournissent le cadre pour supporter la totalité de la structure. Les infrastructures représentent ce sur quoi nous dépendons chaque jour. Elles sont de plusieurs natures notamment le système de transport, le système de distribution et évacuation d’eau, l’agro-alimentaire, le domaine énergétique, la télécommunication, le système bancaire etc.

Quant aux termes « infrastructures critiques » il n’existe pas de définition unique mais il y a plusieurs perspectives qui sont utilisées pour circonscrire ce concept. Selon la première perspective « les infrastructures critiques » sont définies comme ci-haut en se basant sur la nature des technologies physiques qui entrent dans sa composition. La seconde perspective, de plus en plus utilisée est celle basée sur les conséquences sur les personnes à la suite de la défaillance de ces infrastructures.

Par exemple, en nous basant sur l’approche du gouvernement Américain de 1996 et en y intégrant la dimension humaine, on peut faire allusion aux infrastructures critiques en ce terme :

« Certaines infrastructures nationales sont tellement vitales que leur incapacité ou destruction pourrait avoir un impact très important sur la défense ou la sécurité nationale, économique de la RDC et le peuple congolais ».

Le Canada a défini dix domaines interconnectés comme infrastructures critiques alors que les Etats Unis en ont défini seize et l’Australie en a défini juste sept (Quigley et. all, 2017). A l’instar des pays d’Amérique du Nord, les pays de l’Union Européenne aussi ont développés des politiques claires à ce sujet, la Chine n’en est pas restée sans en définir une. Le Consortium pour les Infrastructures en Afrique (ICA) participe dans le financement de quatre secteurs majeurs dont l’eau, le transport, l’Energie et les technologies d’Information et Communication.

Quelles sont les infrastructures critiques alors pour la RDC ? C’est cela que sera la mission de la CNPIC.

Suggestions et recommandations pour les reformes

Pour arriver à gouter à un développement durable, le domaine desinfrastructures critiques, moteur de développement, devra subir des reformes importantes dont :

La mise en place d’un Conseil National pour les Infrastructures Critiques (CNPIC).
Vue l’impact sur la sécurité nationale que revêtent les infrastructures critiques, la CNPIC devra travailler avec tous les acteurs impliqués dans les infrastructures critiques y compris la CNS (Conseil National de Sécurité), le parlement, APLC (Agence de Prévention et de Lutte contre la Corruption), le ministère du plan, la défense nationale et autres entités qui ressortiront de l’étude.
La CNPIC travaillera de concert avec le parlement pour faire passer des lois appropriées en matière d’infrastructure critiques devant créer notamment un cadre juridique de gestion et collaboration publique-privée en cette matière.
La création d’une synergie réelle entre le gouvernement, les institutions d’enseignements et les entreprises pour utiliser les produits de formation locaux dans les Infrastructures critiques.
La révision rapide des programmes d’enseignement dans les écoles techniques, Instituts Supérieurs et Université pour intégrer des programmes sur les infrastructures critiques.
La mutualisation des ressources des institutions d’enseignement et recherches scientifiques dans tous les domaines notamment celui des infrastructures critiques.
La mise à profit des étudiants pour travailler sur les Infrastructures critiques notamment à travers leurs TP, travaux de fin de cycle et de fin d’étude.
L’utilisation des bourses d’étude pour créer l’intérêt des jeunes pour les infrastructures critiques.
La dépolitisation de certains métiers notamment celui d’enseignement, chercheurs et autres jugés nécessaires à l’issu decette analyse.
La RDC gagnerait en redynamisant sa présence aux initiatives sous-régionales telles que le Consortium pour les Infrastructures en Afrique (ICA : https://www.icafrica.org/fr/ ). Il est important que les pays Africains travaillent ensemble. Ce n’est pas par hasard que des pays puissants du monde se mettent ensemble au sein des organisations telle que l’Organisation de Coopération et de développement économiques (OCDE : https://www.oecd.org/ ), G20, G8 etc.

Espérant que ce document aura aidé à jeter une pierre pour l’amélioration des infrastructures de notre pays, la République Démocratique du Congo.

A propos de l’auteur

Patrick Kabongo est né en République Démocratique du Congo et a immigré au Canada comme travailleur qualifié depuis novembre 2017. De ses quinze années d’expérience dans les Technologies de l’Information et Télécommunication et en cybersécurité, Patrick Kabongo, a travaillé dans plusieurs types d’entreprise dont les organisations internationales, les télécommunications, les entreprises publiques au Canada etc. En plus d’un nombre important de certification professionnelle en Informatique et Cybersécurité dont les plus récentes comprennent le CISSP (Certified Information Systems Security Professional), CRISC (Certified in Risk and Information Systems Control), C|CISO (Certified Chief Information Security Officer), il détient un diplôme d’Ingénieur Civil Mécanicien de l’Université de Mbujimayi au Kasaï Oriental, un MBA (Master Of Business Administration) en IT Management de l’Université de Leicester en Angleterre et actuellement il poursuit une Maitrise en Ingénierie dans la « Protection des Infrastructures Critiques et la Sécurité Internationale » à l’Université de Carleton à Ottawa, Canada(« M. Eng. IPIS : Master Of Engineering in Infrastructure Protection and International Security »).

Autres domaines d’intérêt : Industrial Control Systems ou Systèmes de Control Industriel.

Patrick B. Kabongo, MBA, CISSP, CRISC, C|CISO, B. Eng

Courriel: patick.b.kabongo@gmail.com

LinkedIn: https://www.linkedin.com/in/patrick-b-kabongo/

YouTube Channel: Kabissel Systems

By 24news