Un axe ferroviaire stratégique pour l’Afrique australe

Le Corridor de Lobito est un vaste projet de transport et d’intégration économique reliant la façade atlantique de l’Angola aux régions minières de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Zambie. Son objectif est de faciliter l’acheminement des marchandises vers les marchés internationaux, de réduire les coûts logistiques et de renforcer les échanges commerciaux régionaux. Au-delà du transport ferroviaire, le projet ambitionne de développer des activités industrielles, agricoles et logistiques autour de son tracé.

Un tracé reliant les zones minières à l’océan Atlantique

Le corridor s’appuie sur le port de Lobito, dans l’ouest de l’Angola, et sur le chemin de fer de Benguela, long d’environ 1 300 kilomètres. Cette ligne traverse plusieurs provinces angolaises avant d’atteindre la frontière congolaise, notamment par Dilolo, puis les bassins miniers du Lualaba et du Haut-Katanga. Le projet prévoit également la réhabilitation et l’extension des infrastructures ferroviaires en RDC, ainsi que la construction d’une nouvelle liaison entre l’Angola et la Zambie.

Les minerais au cœur du projet

Le cuivre et le cobalt figurent parmi les principales ressources que le corridor doit permettre d’acheminer vers les marchés internationaux. Ces deux minerais sont essentiels à plusieurs industries, notamment la fabrication de batteries, les véhicules électriques, les réseaux électriques et les technologies liées à la transition énergétique. D’autres marchandises, dont des produits agricoles et des biens industriels, pourront également emprunter cet axe. L’enjeu est de diversifier progressivement les flux commerciaux afin que le corridor ne serve pas exclusivement à l’exportation des matières premières.

Les États-Unis, un partenaire majeur

Washington joue un rôle central dans le développement du corridor, notamment à travers la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), l’agence américaine de financement du développement. Les États-Unis cherchent à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques et à renforcer les échanges économiques avec l’Afrique. Cette implication répond également à des enjeux géopolitiques, dans un contexte de concurrence internationale pour l’accès aux ressources nécessaires à la transition énergétique. Toutefois, le projet repose sur une coopération multilatérale et non sur le seul financement américain.

Un investissement de plusieurs milliards de dollars

Le coût global du corridor dépend des infrastructures prises en compte. Les estimations des besoins de développement de l’ensemble du projet se situent entre 3 et 5 milliards de dollars. Le financement de la composante ferroviaire angolaise a notamment fait l’objet d’un engagement de 786 millions de dollars. En RDC, la réhabilitation du réseau ferroviaire est estimée à environ 1,25 milliard de dollars pour la composante concernée. Ces montants couvrent des infrastructures différentes et ne doivent pas être additionnés sans tenir compte des éventuels chevauchements.

Des partenaires publics et privés mobilisés

Le projet mobilise des institutions financières, des gouvernements et des entreprises privées. En Angola, la concession ferroviaire est exploitée par Lobito Atlantic Railway, un consortium réunissant Mota-Engil, Trafigura et Vecturis. La DFC américaine et la Banque de développement d’Afrique australe soutiennent la modernisation de cette ligne. En RDC, Mota-Engil Africa est engagée dans la concession ferroviaire Dilolo-Sakania. La Banque africaine de développement, la Banque mondiale, l’Union européenne, la Banque européenne d’investissement et l’Africa Finance Corporation participent également, selon les composantes, au financement et à la préparation du corridor.

L’Angola, futur centre logistique régional

Pour l’Angola, le principal avantage réside dans la valorisation de sa position géographique et de son accès à l’océan Atlantique. Le port de Lobito et le chemin de fer de Benguela peuvent générer des revenus liés au transit, aux opérations portuaires, à la manutention et aux services logistiques. Le pays peut également attirer des investissements dans les entrepôts, les zones industrielles et les activités de transformation. En accueillant les flux miniers de la RDC et de la Zambie, l’Angola ambitionne de consolider sa place comme plateforme régionale d’exportation et de créer des emplois dans les transports et les services.

La RDC, un potentiel accru pour les exportations minières

Pour la RDC, le corridor constitue une opportunité de réduire les contraintes logistiques qui pèsent sur les exportations de cuivre et de cobalt du Lualaba et du Haut-Katanga. Une liaison ferroviaire plus efficace vers l’Atlantique pourrait diversifier les itinéraires d’exportation, réduire la dépendance à certains axes routiers et améliorer la compétitivité des producteurs congolais. Le pays pourrait aussi bénéficier d’investissements dans les infrastructures, de nouveaux emplois et d’activités industrielles autour des gares et des zones minières. La concrétisation de ces avantages dépendra notamment de la régularité du service ferroviaire et du coût du transport.

Angola ou RDC : qui en bénéficiera le plus ?

Il est difficile de désigner un gagnant unique, car les bénéfices ne sont pas de même nature. L’Angola peut tirer directement profit des revenus de transit et des services portuaires grâce à ses infrastructures donnant accès à l’Atlantique. La RDC dispose, quant à elle, d’un potentiel important de gains sur ses exportations minières, grâce à la baisse possible des coûts de transport, à l’amélioration de l’accès aux marchés et à la diversification des débouchés. Toutefois, ces retombées dépendront des tarifs ferroviaires, du volume réel de marchandises transportées, des investissements complémentaires et de la capacité de la RDC à développer des activités de transformation locale.

Un corridor économique au-delà des minerais

Le véritable enjeu du Corridor de Lobito est de dépasser le simple transport des matières premières. L’Angola, la RDC et la Zambie devront coordonner leurs politiques douanières, améliorer les infrastructures frontalières et développer les chaînes de valeur agricoles et industrielles. Pour la RDC, cela implique notamment de relier efficacement les zones minières aux sites industriels, tout en favorisant la transformation locale du cuivre et du cobalt. La réussite du projet se mesurera donc non seulement au tonnage transporté et aux investissements mobilisés, mais aussi aux emplois créés, aux recettes publiques générées et à la part de valeur ajoutée conservée dans les économies locales.

Jacques Amboka Mokoko