La République du Congo franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de lutte contre les effets du changement climatique. La ministre de l’Environnement, du Bassin du Congo et du Développement durable, Arlette Soudan-Nonault, a procédé, mardi 3 novembre 2026 à Brazzaville, au lancement officiel du processus d’élaboration du premier Plan national d’adaptation (PNA), accompagné de son plan d’investissement. Soutenue financièrement par l’Agence française de développement (AFD), à travers le programme Adapt’Action, cette initiative vise à permettre au pays de mieux anticiper les risques climatiques et à intégrer les enjeux de l’adaptation dans ses politiques de développement.3

Bien que le Congo ne représente que 0,06 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il figure parmi les pays particulièrement exposés aux conséquences du dérèglement climatique. Selon les données présentées lors de l’atelier de lancement, le pays occupe le 171e rang sur 187 États dans le classement ND-GAIN 2023, qui évalue notamment leur vulnérabilité climatique et leur capacité d’adaptation.

Les effets du changement climatique sont déjà perceptibles. La température moyenne a augmenté d’environ 0,6 °C entre 1910 et la période 2011-2020. Les précipitations deviennent plus irrégulières, tandis que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient. Les inondations représentent 88 % des catastrophes recensées, avec une fréquence en hausse depuis 2000. À Pointe-Noire, la montée du niveau de la mer constitue également une menace pour le littoral.

Ces bouleversements affectent directement les populations et plusieurs secteurs stratégiques. Les données présentées indiquent que 36 % de la population est confrontée à l’insécurité alimentaire. En milieu urbain, 44 % des habitants vivent dans des quartiers informels, tandis que plus de 5,5 % des zones bâties sont exposées aux inondations. Par ailleurs, quelque 23 324 kilomètres de routes pourraient être perturbés par les pluies, les fortes chaleurs et les inondations.

À l’horizon 2050, les rendements agricoles pourraient diminuer de 5 à 15 %. La productivité du travail pourrait également reculer de 7 à 21 %, tandis que les coûts sanitaires liés aux conséquences climatiques sont estimés entre 91,4 et 259 millions de dollars. Les projections font aussi état d’une possible augmentation de l’extrême pauvreté de 1 à 3 %. Dans le scénario climatique le plus pessimiste, la température pourrait grimper jusqu’à 4 °C d’ici 2100.

Face à ces perspectives, les autorités congolaises considèrent l’adaptation comme une nécessité pour préserver les acquis du développement national, protéger les populations et renforcer la résilience des secteurs économiques.

« Le Plan national d’adaptation doit nous permettre de mieux coordonner les initiatives existantes, de hiérarchiser les priorités nationales et d’orienter les investissements publics et privés vers les secteurs les plus vulnérables. Il doit également contribuer à intégrer les risques climatiques dans nos politiques de planification et de développement, afin de renforcer la résilience de nos populations et de nos territoires », a déclaré Arlette Soudan-Nonault, ministre de l’Environnement, du Bassin du Congo et du Développement durable.

Mampionona Rakotonirina présente la démarche technique du PNA

La mise en œuvre de ce processus a été confiée au consortium Artelia Advisory, SalvaTerra. La coordination technique est assurée par la docteure Mampionona Rakotonirina, cheffe de mission du Plan national d’adaptation. Lors de son intervention, elle a présenté la méthodologie qui guidera les travaux pendant les douze prochains mois.

Cette démarche s’articule autour de trois principaux axes : analyser les vulnérabilités et les risques climatiques auxquels le Congo est confronté, identifier et hiérarchiser les mesures d’adaptation, puis définir les mécanismes de financement et les conditions de leur mise en œuvre. Les travaux s’appuieront notamment sur les études existantes, les données climatiques disponibles et les projections scientifiques, en cohérence avec les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

La mission sera conduite en quatre phases. Après une étape de cadrage, les experts procéderont à l’analyse des risques et des vulnérabilités des principaux secteurs. Ils travailleront ensuite à la sélection et à la hiérarchisation des mesures d’adaptation à court, moyen et long termes, avant de finaliser les documents du PNA et son plan d’investissement.

La cheffe de mission a également insisté sur le caractère participatif et inclusif de cette démarche. Les administrations publiques, les collectivités locales, les organisations de la société civile, les universités et le secteur privé seront associés aux consultations et aux ateliers de travail. La prise en compte des questions de genre et de l’inclusion sociale devra également guider la définition des priorités.

Au terme de cette mission, le Congo devra disposer d’une évaluation consolidée de ses vulnérabilités climatiques, d’une liste de mesures d’adaptation hiérarchisées ainsi que d’un programme d’investissement destiné à mobiliser des financements nationaux et internationaux.

L’AFD accompagne le financement du processus

Le financement de cette première initiative nationale est assuré par l’AFD, à travers son programme Adapt’Action. Pour son directeur au Congo, Antoine Chevalier, l’enjeu consiste à transformer les engagements climatiques en instruments concrets de planification et de développement.

« Depuis dix ans, la Facilité Adapt’Action, financée par l’AFD, a permis de mobiliser près de 36 milliards de francs CFA dans 18 pays, dont 1,6 milliard de francs CFA pour le Congo, afin de soutenir la traduction des engagements climatiques des pays en politiques publiques, en outils de planification et en projets concrets », a-t-il indiqué.

Le plan d’investissement qui accompagnera le PNA devra préciser les besoins financiers et identifier les mécanismes susceptibles de soutenir les mesures prioritaires. Il s’agira notamment de combiner les ressources nationales avec les financements internationaux et de favoriser la participation du secteur privé.

Le document devra également s’articuler avec la troisième version de la Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) et le Plan national de développement 2027-2031. Cette cohérence vise à intégrer les impératifs d’adaptation dans les politiques sectorielles, la programmation budgétaire et les investissements publics.

Un enjeu stratégique pour le Bassin du Congo

Le lancement de ce processus intervient à quelques jours de la COP31, dans un contexte où les pays vulnérables réclament un renforcement des financements consacrés à l’adaptation climatique. Pour la République du Congo, l’enjeu est également de préserver ses écosystèmes forestiers et ses tourbières, qui jouent un rôle majeur dans la régulation du climat mondial.

À terme, le Plan national d’adaptation devra servir de référence pour anticiper les risques climatiques, orienter les investissements et mieux protéger les populations. Au-delà de son élaboration, le principal défi consistera à traduire les priorités retenues en projets effectivement financés et mis en œuvre, afin de construire un modèle de développement plus résilient face aux changements climatiques.

 

Solange Geandja,  correspondante