Deux ans après le retrait de ses troupes du Niger, les États-Unis opèrent un retour d’un autre type dans le pays : le front économique et minier. Washington a approuvé, via la U.S. International Development Finance Corporation (DFC), une facilité de financement pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet d’uranium de Dasa, développé par la société canadienne Global Atomic. L’annonce constitue un signal important dans les relations entre les deux pays, fortement dégradées depuis le coup d’État de juillet 2023 et le départ des forces américaines en 2024.
Le projet Dasa est situé dans la région d’Agadez et est présenté par Global Atomic comme l’un des gisements d’uranium à très haute teneur du continent africain. Selon la dernière étude de faisabilité publiée par l’entreprise, les réserves ont été portées à environ 73 millions de livres d’U₃O₈, avec une production totale estimée à 68,1 millions de livres sur une durée d’exploitation pouvant atteindre près de 24 ans. Le gouvernement nigérien détient 20 % du projet, tandis que Global Atomic contrôle les 80 % restants à travers la société locale SOMIDA.
Pour Washington, l’enjeu dépasse donc le seul financement d’une entreprise minière. L’uranium est redevenu une ressource stratégique, notamment pour les approvisionnements du secteur nucléaire, alors que les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources de minerais critiques. Pour le Niger, l’enjeu est également économique : le développement de Dasa doit générer des emplois, des recettes fiscales et minières ainsi que des opportunités pour les entreprises locales. Cette nouvelle configuration intervient parallèlement à la remise en cause de l’ancienne domination française dans le secteur de l’uranium, notamment avec le conflit opposant Niamey au groupe français Orano.
Mais le financement américain ne signifie pas encore que les 414,2 millions de dollars seront immédiatement déboursés. Global Atomic précise que plusieurs conditions doivent encore être satisfaites, parmi lesquelles la sécurisation d’une route viable pour l’exportation du concentré d’uranium, la prolongation de la convention minière et du permis d’exploitation, ainsi que l’obtention de garanties et d’accords avec les autorités nigériennes. Le coût total du projet est désormais évalué à environ 777,2 millions de dollars, financement compris, ce qui signifie que Dasa devra encore mobiliser d’importantes ressources propres.
La sécurité et la logistique constituent cependant les principaux défis. Le Niger reste confronté aux attaques de groupes jihadistes, tandis que les tensions politiques et les difficultés sur les corridors commerciaux compliquent l’acheminement des équipements et, demain, l’exportation de l’uranium. Global Atomic étudie notamment de nouvelles voies d’exportation vers le nord, à travers l’Algérie, afin de réduire sa dépendance aux routes traditionnelles vers les ports d’Afrique de l’Ouest. La réussite du projet dépendra donc autant de la capacité à construire la mine que de celle à sécuriser durablement les infrastructures, les travailleurs et les chaînes logistiques.
À moyen terme, Dasa pourrait ainsi devenir un test majeur de la nouvelle bataille économique autour des ressources stratégiques africaines. Pour Niamey, le défi sera de transformer cette compétition internationale en retombées concrètes pour l’économie nigérienne, tout en conservant une maîtrise suffisante de ses ressources. Pour Washington, le projet offre une possibilité de renouer avec le Niger par le commerce et l’investissement après le retrait militaire. Sa concrétisation dépendra toutefois de la stabilité politique, de la sécurité, des accords avec l’État nigérien et de la capacité de Global Atomic à finaliser le financement et les infrastructures nécessaires à une production commerciale.
Claude Jovial Wendy
