La République démocratique du Congo entre dans la phase pratique de son deuxième Recensement général de la population et de l’habitat, le RGPH-2. La cartographie censitaire, lancée à Kinshasa le 28 septembre, constitue la première grande étape avant le dénombrement général annoncé pour juillet 2027. L’annonce a été faite lors d’un briefing de presse à la RTNC, animé notamment par le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, et le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
Cette opération intervient 42 ans après le dernier recensement général réalisé en 1984. À l’époque, la RDC comptait environ 30 millions d’habitants. Depuis, la population a fortement augmenté et dépasse désormais les 110 millions selon les estimations démographiques. Pendant plusieurs décennies, l’État a donc dû s’appuyer principalement sur des projections pour évaluer la population, sa répartition et l’évolution de ses besoins.
Au cours du briefing, Guylain Nyembo a rappelé la portée de l’opération. « Le recensement général de la population constitue une opération scientifique destinée à dénombrer l’ensemble des personnes vivant sur le territoire national », a-t-il expliqué. L’objectif est notamment de produire des données fiables permettant de mieux orienter les politiques publiques et les programmes de développement.
Le gouvernement chiffre le coût global du processus à 192 millions de dollars américains. Cette enveloppe doit couvrir les différentes opérations préparatoires, la mobilisation et la rémunération des agents, les moyens logistiques ainsi que le déploiement du dispositif sur l’ensemble du territoire. Avant le dénombrement définitif, une phase pilote doit également permettre de tester les méthodes et les outils utilisés.
La cartographie censitaire constitue justement une étape déterminante. Les équipes doivent identifier les habitations, les ménages, les infrastructures et délimiter les zones qui seront parcourues par les agents recenseurs. Cette préparation doit permettre de réduire les risques d’omissions, de doublons ou d’erreurs lors du comptage de la population en 2027.
L’enjeu est considérable pour la planification du pays. Des données démographiques actualisées peuvent permettre de mieux déterminer où construire des écoles, des hôpitaux, des routes, des réseaux d’eau et d’électricité ou encore d’adapter les politiques sociales aux réalités de chaque territoire. Elles peuvent également fournir au secteur privé et aux partenaires au développement une meilleure visibilité sur la répartition et les besoins de la population.
L’absence de données issues d’un recensement récent a eu des conséquences pendant plusieurs décennies. Avec une référence datant de 1984, il était difficile pour l’État de disposer d’une photographie précise de la population, notamment face à l’urbanisation, aux déplacements de populations et à la croissance démographique. La Présidence avait d’ailleurs résumé l’enjeu par cette formule : « Un pays qui ne se compte pas ne peut correctement se planifier. »
Le véritable défi sera désormais de garantir la fiabilité du résultat. Couvrir l’ensemble du territoire, atteindre les populations vivant dans les zones difficiles d’accès, former correctement les agents, sécuriser la collecte et contrôler les données seront déterminants. Au-delà des 192 millions de dollars investis, le RGPH-2 doit surtout permettre à la RDC de disposer enfin d’une référence démographique solide pour planifier son développement sur la base de données précises et actualisées.
Jacques Amboka Mokoko
