Le mouvement rebelle AFC/M23 avance un nouveau narratif pour tenter de justifier l’agression dont la République démocratique du Congo est victime et que les autorités congolaises attribuent au Rwanda.
Après l’ancien président de la République, Azarias Ruberwa, c’est désormais le coordonnateur de l’Alliance du fleuve Congo (AFC), Corneille Nangaa, qui évoque la prétendue « marginalisation » du peuple swahili comme l’un des arguments avancés pour expliquer la crise dans l’est de la RDC.
Dans une sortie médiatique, mercredi 7 octobre, Corneille Nangaa s’est inscrit, selon cette analyse, dans la continuité du discours autrefois porté par Azarias Ruberwa. Une rhétorique présentée comme une nouvelle tentative de construire des justifications politiques et communautaires autour du conflit qui oppose l’AFC/M23 aux autorités congolaises.
Cette stratégie consiste à mettre en avant l’existence d’une communauté qui serait marginalisée afin de donner une dimension identitaire à un conflit essentiellement politique et sécuritaire. Pour ses détracteurs, ce discours ne serait qu’un alibi destiné à détourner l’attention des enjeux liés à l’occupation de territoires congolais et à l’exploitation des ressources minières.
Ce nouveau narratif est ainsi présenté comme une nouvelle tentative de la rébellion de légitimer son occupation de plusieurs territoires de l’est de la RDC et d’attirer l’attention de la communauté internationale sur une prétendue question communautaire.
Comme Azarias Ruberwa hier avec la question des Banyamulenge, Corneille Nangaa tente aujourd’hui de remettre au centre du débat la question de la marginalisation. Pour ses opposants, l’objectif serait de créer une cause communautaire susceptible de donner un vernis de légitimité à l’action de l’AFC/M23 et à l’intervention du Rwanda dans l’est de la RDC.
Pourtant, les défenseurs de cette lecture estiment que la réalité politique congolaise ne correspond pas à cette présentation. Plusieurs personnalités issues de l’espace swahiliphone occupent actuellement des fonctions importantes au sein des institutions de la République.
Parmi elles figurent Jean-Michel Sama Lukonde, président du Sénat, Aimé Boji Sangara, président de l’Assemblée nationale, le général Jules Banza, chef d’état-major général des FARDC, Anthony Kinzo Kamole, directeur de cabinet du chef de l’État, ainsi que Tina Salama, chargée de communication du président de la République.
Cette liste, qui n’est pas exhaustive, est avancée comme un contre-argument au discours faisant état d’une marginalisation institutionnelle du peuple swahili.
Au-delà des appartenances linguistiques et communautaires, la RDC reste composée de plusieurs peuples et communautés appelés à coexister au sein d’un même État. De Goma à Kinshasa, de Bunia à Lubumbashi, les Congolais swahiliphones, lingalaphones, kikongophones ou tshilubaphones font partie d’une même nation.
Pour les auteurs de cette analyse, la question communautaire ne devrait donc pas servir de prétexte à la division du pays ni être instrumentalisée pour justifier une intervention étrangère. La priorité demeure la recherche d’une solution politique et sécuritaire durable à la crise qui frappe l’est de la République démocratique du Congo.
Zéphyrin Amboka Pengume
