La République démocratique du Congo hausse le ton contre le choix du Rwanda pour accueillir le Grand Prix d’Afrique de Formule 1. Jeudi 15 octobre 2026, la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a dénoncé une décision qu’elle juge moralement indéfendable, estimant qu’elle offrirait au président rwandais Paul Kagame une tribune internationale susceptible d’améliorer son image, alors que Kigali est accusé de soutenir les rebelles du M23 dans l’est de la RDC. Le Rwanda rejette ces accusations et affirme agir pour répondre à ses préoccupations sécuritaires.
Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, l’enjeu dépasse le sport automobile. Elle considère qu’un événement mondial comme la Formule 1 ne peut être dissocié du contexte politique et sécuritaire dans lequel il se déroule. Kinshasa redoute que l’exposition médiatique, les investissements et l’afflux de visiteurs associés à cette compétition contribuent à renforcer l’attractivité internationale du Rwanda, sans tenir suffisamment compte des conséquences du conflit dans les provinces orientales congolaises.
Cette opposition s’inscrit dans une démarche engagée avant même l’annonce officielle de l’accord. Thérèse Kayikwamba Wagner affirme avoir averti, en février 2025, Stefano Domenicali, le directeur général de la Formule 1, ainsi que les instances dirigeantes de la compétition, des risques éthiques liés au choix du Rwanda. Son intervention intervient alors que les États-Unis ont imposé, en mars 2026, des sanctions à l’armée rwandaise et à quatre hauts responsables militaires en raison de leur soutien présumé au M23. Kigali a contesté ces mesures, les jugeant partiales.
Au-delà de la dénonciation, Kinshasa pose la question de la responsabilité des organisateurs d’événements sportifs internationaux. La ministre congolaise demande des garanties indépendantes et crédibles pour s’assurer qu’aucun financement destiné à l’organisation du Grand Prix ne provienne de minerais liés aux conflits ou de l’exploitation des ressources congolaises. Cette exigence place la transparence financière et la traçabilité des ressources au cœur du débat, même si les conditions financières détaillées de l’accord entre la Formule 1 et le Rwanda n’ont pas été rendues publiques.
La controverse dépasse également les frontières congolaises. L’Afrique du Sud, qui souhaite retrouver une place au calendrier de la Formule 1, défend une candidature concurrente. Thérèse Kayikwamba Wagner a réaffirmé le soutien de la RDC à cette initiative. Le débat oppose ainsi plusieurs ambitions : celle du Rwanda, qui veut consolider sa place parmi les destinations internationales, celle de l’Afrique du Sud, qui entend renouer avec une longue tradition automobile, et celle d’une partie de l’opinion africaine, qui attend des retombées économiques plus largement réparties sur le continent.
De son côté, la Formule 1 défend son choix en mettant en avant les bénéfices économiques, sociaux et culturels attendus pour le pays hôte. La direction de la compétition affirme que le sport peut favoriser les échanges et constituer un moteur de développement. Mais les retombées annoncées tourisme, investissements, emplois et infrastructures restent tributaires de la réalisation du projet et de ses conditions de financement. L’enjeu sera donc de déterminer si les avantages économiques promis s’accompagnent de garanties suffisantes en matière de transparence et de responsabilité.
Au cœur de cette polémique, l’accord annoncé le 13 octobre 2026 prévoit un engagement de dix ans pour accueillir le Grand Prix d’Afrique de Formule 1, présenté par Visit Rwanda, au début des années 2030. La course doit se tenir sur un circuit permanent à construire à Bugesera, à environ 40 kilomètres au sud de Kigali, près du nouvel aéroport international. Conçu pour répondre aux normes de catégorie 1 de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), le circuit s’inscrit dans un projet plus large consacré au sport, au tourisme, aux infrastructures et aux activités commerciales. La date précise de la première course ainsi que les détails financiers de l’accord n’ont pas été rendus publics. Pour Kinshasa, la question demeure : la Formule 1 peut-elle célébrer le retour du sport automobile en Afrique sans tenir compte des tensions et des accusations qui pèsent sur le pays choisi pour accueillir cette compétition ?
Claude Jovial Wendy
