L’annonce, le 12 octobre 2026, de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), avec Joseph Kabila en figure centrale, suscite de nombreuses interrogations sur l’avenir de la République démocratique du Congo. À Goma, ville toujours sous le contrôle de l’AFC/M23, cette nouvelle configuration politique intervient dans un contexte marqué par l’insécurité, les difficultés économiques et les incertitudes liées à l’occupation. Pour les habitants, la principale préoccupation demeure le risque de voir la crise s’enraciner davantage.

La place accordée à Joseph Kabila dans cette nouvelle initiative soulève des questions sur les objectifs réels du FRN et ses conséquences pour la population. L’ancien président, qui a dirigé le pays pendant près de dix-huit ans, se retrouve associé à une dynamique politico-militaire qui pourrait modifier les rapports de force avec Kinshasa. À Goma, où les habitants vivent déjà les conséquences du conflit, cette évolution est observée avec prudence et parfois avec une profonde inquiétude.

La perspective d’une nouvelle confrontation inquiète d’autant plus que les habitants subissent déjà les effets de l’insécurité. Les difficultés économiques, les déplacements de populations et les perturbations de la vie quotidienne pèsent sur les familles. Dans ces conditions, la création du FRN soulève une question essentielle : quelles garanties les différents acteurs peuvent-ils apporter pour éviter une aggravation de la situation sur le terrain ? La population redoute que la recomposition des alliances politiques ne se traduise par de nouvelles tensions.

Une autre interrogation concerne la place de Joseph Kabila dans cette nouvelle configuration. En prenant la tête d’un mouvement politico-militaire associé aux dirigeants de l’AFC/M23, l’ancien président s’expose à de nouvelles controverses sur ses intentions et sur les moyens envisagés pour parvenir à ses objectifs. Pour les observateurs, le changement de structure et de dénomination ne suffit pas, à lui seul, à modifier la nature du conflit ni à dissiper les inquiétudes concernant l’implication d’acteurs régionaux.

Au-delà des considérations politiques, le témoignage de Jacqueline Matabishi, également rapporté par DW, met en évidence le sentiment d’épuisement d’une partie des habitants. « Moi, je n’ai rien à voir avec les discordes politiques. Je vivrai avec le leader qui me sera présenté. J’ai seulement besoin de la paix », explique-t-elle. Sa déclaration exprime une préoccupation centrale : dans une ville éprouvée par la crise, les rivalités politiques risquent de reléguer au second plan les besoins quotidiens des familles, notamment la sécurité, l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que la scolarisation des enfants.

En définitive, à Goma, la création du FRN ouvre une nouvelle période d’incertitude. Les interrogations portent sur les objectifs réels de cette coalition, ses conséquences sur les négociations de paix et le risque d’une prolongation des violences dans l’est de la RDC. Les témoignages publiés par les médias font état de critiques et de préoccupations, sans pour autant constituer un sondage représentatif de l’ensemble des habitants. Une chose ressort néanmoins de ces réactions : la population ne veut pas que la recomposition des forces politiques et militaires se fasse au détriment de sa sécurité et de son avenir.

Véronique Muhigiza