Dix ans après le massacre perpétré par les rebelles des ADF dans la cellule Mbelu, au quartier Rwangoma, en commune de Beu, dans la ville de Beni, les survivants continuent de porter les stigmates d’un drame qui a bouleversé toute une communauté. À l’approche de la commémoration de cette tragédie, les témoignages des rescapés rappellent l’ampleur des atrocités commises le samedi 13 août 2016, une journée qui demeure gravée dans les mémoires.
Ce jour-là, des dizaines de civils avaient été sauvagement tués par les combattants ADF alors qu’ils regagnaient leurs domiciles ou revenaient des champs. Dix ans plus tard, la douleur reste intacte pour les familles endeuillées, qui disent revivre cette scène à chaque anniversaire de ce massacre.
La voix chargée d’émotion, Kavira Vuleni, l’une des rescapées, peine encore à retenir ses larmes en évoquant la disparition de son mari.
« Mon mari revenait du champ avec d’autres personnes. Arrivés ici à Mbelu, ils ont été interceptés par des hommes armés. Quelques minutes plus tard, ils ont été ligotés avant d’être exécutés sur place. Moi, je venais tout juste de passer par cet endroit. Je n’oublierai jamais cette journée du samedi 13 août 2016 », a-t-elle confié au micro de 24News Agency.
Pour Ndovya Vahamwithi, un autre survivant du quartier Rwangoma, les habitants avaient été pris au dépourvu. Selon lui, les assaillants s’étaient fait passer pour des militaires, semant ainsi la confusion dans une zone où aucune position militaire n’était installée.
« Nous vivions dans une zone où il n’y avait pas de camp militaire. Nous avons été surpris par cette attaque. Beaucoup de nos proches ont été tués. Certaines femmes ont été violées et d’autres atrocités ont été commises contre la population », témoigne-t-il.
En prélude à la Journée nationale de commémoration du Génocide congolais (GENOCOST), célébrée chaque 2 août en République démocratique du Congo, le gouvernement provincial du Nord-Kivu a organisé, le samedi 1er août 2026, un salongo spécial sur le site de Mbelu. Cette activité communautaire visait à honorer la mémoire des victimes des violences armées, des violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des crimes contre la paix, la sécurité et l’humanité.
Présent à cette cérémonie au nom du gouverneur militaire du Nord-Kivu, Issa Kalobera, conseiller principal du gouverneur chargé de l’intérieur, a appelé la population à renforcer son unité et à rompre toute collaboration avec les groupes armés, notamment les ADF. Il a également réaffirmé la détermination du Gouvernement congolais à poursuivre les efforts pour restaurer durablement la paix dans la région.
« Nous ne voulons plus revivre de telles atrocités. Ceux qui collaborent avec les assaillants doivent abandonner cette pratique. Le génocide est un crime que le monde entier condamne. Nous gardons espoir et nous sommes venus, avec les autorités locales, rendre hommage à nos frères et sœurs tués innocemment », a-t-il déclaré.
De son côté, la coordination urbaine de la société civile de Beni exhorte les autorités nationales et provinciales à accorder une attention particulière à la situation sécuritaire de la région. Son président, Maître Pépin Kavotha, estime que la mémoire des victimes ne doit pas se limiter aux cérémonies commémoratives.
Selon lui, les familles ayant perdu leurs proches dans les attaques des ADF ont également besoin d’un accompagnement psychosocial, médical et économique. Il souligne que plusieurs rescapés souffrent encore aujourd’hui de traumatismes profonds, parfois accompagnés de troubles mentaux, faute d’une prise en charge adaptée.
Dix ans après le massacre de Mbelu, les survivants continuent d’espérer que justice soit rendue aux victimes et que des mesures concrètes permettront enfin de mettre un terme aux violences qui endeuillent la région de Beni depuis de nombreuses années.
Gires Kasongo
