La ville de Beni, dans la province du Nord-Kivu, fait face à une hausse préoccupante des cas d’incendie depuis le début de l’année 2026.
Selon les données du service local de la protection civile, au moins neuf incendies ont déjà été enregistrés au cours du premier trimestre, faisant craindre un risque humanitaire dans cette agglomération en pleine expansion urbaine mais toujours dépourvue de moyens efficaces de lutte contre le feu.
Ces statistiques ont été rendues publiques par Jean‑Paul Kapitula, qui se dit préoccupé par la multiplication des sinistres dans la ville. D’après lui, cette tendance s’inscrit dans une dynamique observée depuis plusieurs années.
«Nous avions déjà alerté, il y a trois ans, sur l’augmentation progressive des cas d’incendie dans la ville. Aujourd’hui, alors que nous ne sommes qu’au troisième mois de l’année, neuf incendies ont déjà été recensés. Rien qu’au mois de février, sept cas ont été enregistrés, sans compter ceux de janvier et l’incendie récemment survenu à l’aéroport», a-t-il expliqué.
Les années précédentes, plusieurs incendies avaient causé des pertes en vies humaines.
«Nous rendons grâce à Dieu car, parmi les neuf incendies recensés cette année, aucune perte humaine n’a été enregistrée pour l’instant. Mais par le passé, certains sinistres avaient déjà fait plus de six victimes», a rappelé le responsable de la protection civile.
Des causes encore indéterminées
Pour l’heure, l’origine exacte de ces incendies reste difficile à déterminer.
Les autorités locales évoquent plusieurs hypothèses, notamment des installations électriques défectueuses, la mauvaise qualité des câbles ou encore le manque d’expertise lors des travaux d’électricité.
Selon la protection civile, certains incidents pourraient également être liés aux systèmes d’énergie solaire domestiques, de plus en plus répandus dans la région. Dans certains cas, des explosions de batteries photovoltaïques auraient été signalées.
Face à ces risques, les autorités appellent la population à renforcer les mesures de prévention, notamment en veillant à la qualité des installations électriques et en se dotant d’équipements de première intervention contre les incendies.
De son côté, Abdoul Rahmane Ghanda, chef du bureau de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo pour les zones de Beni et Lubero, estime qu’une réflexion collective s’impose afin de mieux comprendre les causes de ces incendies et d’y apporter des solutions durables.
Selon lui, la multiplication des sinistres ces derniers mois nécessite une concertation entre les autorités locales, les services techniques et les acteurs communautaires afin de mettre en place une stratégie coordonnée de prévention et de gestion des risques.
Une ville exposée à un risque humanitaire
La situation est d’autant plus préoccupante que la ville de Beni connaît une croissance urbaine rapide.
Cette expansion s’accompagne d’une densification des habitations, souvent construites sans respect strict des normes de sécurité. Malgré cette évolution, la ville ne dispose toujours pas de camions anti-incendie ni d’équipements modernes de secours.
L’absence de ces moyens complique considérablement les interventions en cas de sinistre et expose des milliers d’habitants à d’importantes pertes matérielles, voire à des risques pour leur vie.
Pour la protection civile, l’urgence est désormais de doter la ville de Beni et l’ensemble du Grand Nord du Nord-Kivu d’infrastructures adaptées et d’équipements modernes de prévention et de lutte contre les incendies.
Les autorités locales sont ainsi appelées à tirer parti de la présence de plusieurs services administratifs dans la ville pour renforcer les capacités d’intervention face à ce phénomène qui, s’il n’est pas maîtrisé rapidement, pourrait se transformer en véritable crise humanitaire.
Don de Dieu Mbavu
