La tension est restée vive dimanche 31 mai dans la partie nord de la ville de Beni, au Nord-Kivu, au lendemain d’une attaque attribuée aux rebelles ADF dans le quartier Ngadi, commune de Ruwenzori. Le bilan provisoire fait état d’au moins sept personnes tuées, dont cinq membres de la communauté pygmée.
Jusqu’aux environs de 8h30, plusieurs corps gisaient encore sur le lieu du drame, une situation qui a provoqué l’indignation et la colère des habitants. De nombreux jeunes, visiblement révoltés, ont décidé de transporter les dépouilles vers le gouvernorat ou la mairie afin d’interpeller les autorités sur la dégradation persistante de la situation sécuritaire dans la région.
Portant les corps à travers la Route nationale n°4 (RN4), les manifestants ont scandé des chants hostiles aux services de sécurité, accusés de ne pas assurer efficacement la protection des populations civiles.
Face à cette mobilisation, des éléments de la Police nationale congolaise (PNC), appuyés par les forces armées de la RDC, sont intervenus pour empêcher l’avancée du cortège. Une première altercation a éclaté à proximité de l’Université chrétienne bilingue du Congo (UCBC), lorsque les policiers ont tenté de récupérer les corps pour les acheminer à la morgue. Les manifestants ont cependant opposé une résistance, accentuant la tension.
Un second dispositif sécuritaire a ensuite été installé à hauteur de l’hôtel Okapi Palace, près de l’église catholique. Des militaires des FARDC sont venus renforcer les effectifs de la police afin de stopper la progression des protestataires. Au cours de l’intervention, des coups de feu ont été tirés en l’air pour disperser la foule. Les forces de l’ordre sont finalement parvenues à récupérer cinq corps, qui ont été transférés à la morgue de l’Hôpital général de référence de Beni. D’autres manifestants auraient toutefois réussi à emporter une dépouille vers le quartier Masiani. Ils ont aussi déposé ce corps à la morgue.
Parmi les victimes figure notamment Mangese, une personnalité connue dans la ville. Cette nouvelle tragédie suscite une profonde frustration au sein de la population.
« Notre grande star Mangese vient d’être tuée. Plusieurs personnes ont également été prises en otage par les ADF. Nous ne pouvons pas continuer à vivre ainsi pendant des années. Nous espérions retrouver la paix, mais malheureusement nos dirigeants semblent préoccupés par d’autres priorités qui ne correspondent pas aux attentes de la population de Beni », a déclaré Nick Junior, habitant de la ville.
Il a également dénoncé le débat politique autour de la réforme constitutionnelle, estimant que les préoccupations sécuritaires devraient constituer la priorité absolue des autorités.
De son côté, la coordination urbaine de la société civile de Beni a également condamné cette nouvelle attaque. Son président, Me Pépin Kavotha, regrette que les alertes lancées par la population et les chefs de base n’aient pas été prises en compte par les services de sécurité.
Selon lui, plusieurs tracts annonçant une éventuelle attaque contre le quartier Ngadi avaient été découverts avant les faits. Il estime que ces informations auraient dû permettre aux forces de sécurité de renforcer leur dispositif préventif.
La société civile appelle ainsi les autorités militaires à prendre des mesures urgentes pour sécuriser davantage les quartiers situés au nord-est de la ville, notamment Boikene, Kasabinyole, Paida, Nzuma ainsi que la commune de Beni. Elle recommande également un renforcement de la sécurité autour de la prison centrale de Beni-Kangbayi afin de prévenir toute éventuelle attaque ou tentative d’évasion.
Gires Kasongo
