En République centrafricaine, l’opposant Anicet-Georges Dologuélé a officiellement contesté les résultats définitifs de l’élection présidentielle donnant vainqueur le président sortant Faustin-Archange Touadéra avec 77,9 % des suffrages. Arrivé en deuxième position avec 13,5 %, le leader de l’opposition estime que le scrutin n’a été ni crédible ni transparent et accuse les institutions électorales et judiciaires d’avoir failli à leur mission constitutionnelle.

Des accusations de fraudes et d’irrégularités graves

Lors d’un point de presse tenu à Bangui, Anicet-Georges Dologuélé a dénoncé ce qu’il qualifie de « fraudes massives » et de dysfonctionnements majeurs tout au long du processus électoral. Il pointe notamment la décision du Conseil constitutionnel de réviser à la hausse le taux de participation, passé de 52,42 % à 64,42 %, un ajustement qu’il juge arbitraire et révélateur de manipulations des chiffres officiels.

Une campagne électorale sous fortes tensions

La campagne présidentielle s’est déroulée dans un climat politique et sécuritaire tendu. L’opposition a dénoncé un accès inégal aux médias publics, des restrictions de rassemblements et des pressions sur certains acteurs politiques. Dans plusieurs régions, l’insécurité persistante et la présence de groupes armés ont également limité le déroulement normal des activités de campagne et, par la suite, l’organisation du scrutin.

Un scrutin marqué par de nombreux défis logistiques

Le jour du vote, des retards dans l’ouverture des bureaux, des difficultés d’acheminement du matériel électoral et l’absence de listes électorales fiables ont été signalés par des observateurs et des acteurs politiques. Si les autorités ont reconnu certaines difficultés techniques, elles ont assuré que celles-ci n’étaient pas de nature à remettre en cause la sincérité globale du scrutin.

Touadéra, d’un pouvoir de transition à une présidence renforcée

Faustin-Archange Touadéra est arrivé au pouvoir en 2016, à l’issue d’élections organisées après une longue période de transition marquée par des crises politico-militaires. Réélu une première fois en 2020 dans un contexte sécuritaire déjà fragile, il a progressivement consolidé son autorité, s’appuyant sur une majorité institutionnelle et sur des alliances sécuritaires controversées pour asseoir son pouvoir.

Le changement constitutionnel au cœur des critiques

L’un des principaux points de crispation reste la réforme constitutionnelle adoptée en 2023, qui a modifié l’équilibre des pouvoirs et permis notamment au président Touadéra de briguer de nouveaux mandats. Pour l’opposition, ce changement de Constitution a ouvert la voie à une concentration excessive du pouvoir exécutif et à un affaiblissement des contre-pouvoirs, rendant les élections moins compétitives.

Un appel à l’espoir malgré la contestation

Malgré le rejet des résultats, Anicet-Georges Dologuélé a appelé ses partisans et l’ensemble de la population à garder espoir et à éviter toute violence. Selon lui, «la vérité finit toujours par éclater », affirmant que les victoires obtenues par la fraude sont fragiles et que «ce n’est pas la démocratie qui triomphe aujourd’hui, mais la force qui écrase le droit». Une déclaration qui illustre la profonde fracture politique dans un pays toujours en quête de stabilité durable.

Jacques Amboka