Gouverner, c’est prévoir. Pour faire respecter la loi, il faut informer. Pour circuler librement à Kinshasa, il faut débourser 564 $ : 70 $ pour la vignette de la ville, 120 $ pour le permis de conduire, 80 $ pour le contrôle technique et 294 $ pour l’assurance. Ces montants, bien que justifiés par des impératifs de sécurité et de régulation, pèsent lourdement sur les ménages dont le revenu mensuel moyen ne dépasse guère 100 $.
Monsieur le Gouverneur, avez-vous informé la population sur le lieu d’obtention de ces documents ? Si oui, pensez-vous que cette information est suffisante ? Les campagnes de communication restent sporadiques, souvent limitées aux médias traditionnels, alors que la majorité des citadins notamment les jeunes conducteurs, les motocyclistes et les transporteurs informels s’informent via les réseaux sociaux, les radios communautaires ou les relais de quartier. Une information éfficace exige une stratégie multicanale, adaptée aux réalités socio-linguistiques et numériques de chaque commune.
Pourquoi ne pas mettre en contribution les communes dans le processus d’obtention ? Kinshasa compte 24 communes, dotées de structures administratives, de salles polyvalentes et de personnel communal. En décentralisant les points de service avec des guichets uniques mobiles ou fixes, appuyés par des agents formés et équipés on réduirait les délais, les coûts de déplacement et les risques de corruption. Une telle approche renforcerait non seulement la légitimité de l’État local, mais aussi la confiance citoyenne.
Quant aux dépanneurs chargés de l’enlèvement des véhicules en infraction : sont-ils suffisamment nombreux ? Leur répartition est inégale. Certains secteurs comme Ngaliema ou Gombe bénéficient de plusieurs unités, tandis que d’autres, tels que N’sele, Mont Ngafula ou Kimbanseke, en sont quasi dépourvus. Cette disparité crée des zones de non-droit où les infractions se multiplient, non par irrespect de la loi, mais par absence de contrôle effectif.
Y a-t-il un gardiennage pour sécuriser les véhicules saisis ? La réponse est nuancée. Certaines fourrières notamment celles de Kintambo et de la Gare Centrale disposent de clôtures, de gardiens attitrés et de registres numériques. D’autres, installées de façon provisoire sur des terrains non aménagés, manquent cruellement de surveillance. Des cas de vol de pièces détachées, de dégradation ou même de reprise illégale de véhicules ont été signalés. Sans un système de traçabilité fiable (GPS, photos d’immobilisation, récépissés numériques), la saisie devient une source d’insécurité plutôt qu’un outil de régulation.
Les fourrières existent-elles ? Oui, mais leur capacité est largement dépassée. Selon les données du ministère de l’Intérieur (2023), Kinshasa dispose officiellement de 12 fourrières, dont seulement 7 sont opérationnelles à pleine capacité. Trois sont en réhabilitation, une est fermée pour défaut de titres fonciers, et une autre fonctionne dans des conditions précaires, sans électricité ni accès routier sécurisé. Le nombre de véhicules saisis mensuellement dépasse régulièrement les 1 800 unités soit plus de 20 000 par an alors que la capacité d’accueil globale ne dépasse pas 3 500 places.
Monsieur le Gouverneur, ces questions ne sont pas rhétoriques. Elles traduisent une demande légitime de transparence, de proximité et d’efficacité. La loi ne se fait pas respecter par la seule force, mais par la clarté de ses modalités, la justice de ses coûts et la fiabilité de ses mécanismes. Sans réponses concrètes, chaque mesure réglementaire risque de renforcer l’informel, d’alimenter la défiance et de creuser l’abîme entre l’État et ses citoyens.
Vous verrez que, loin d’affaiblir l’autorité, la réponse à ces interrogations renforcera la légitimité de vos décisions. Car gouverner, ce n’est pas seulement imposer c’est éclairer, accompagner, sécuriser et rendre compte.
Je vous épargne, Monsieur le Gouverneur, la salubrité et l’état des routes à Kinshasa qui restent, hélas, à désirer. Mais sachez que ces deux enjeux sont profondément liés à la question de la gouvernance urbaine que j’aborde ici : une ville propre et bien connectée ne se construit pas sans une administration réactive, des infrastructures de service adaptées et une justice administrative accessible.
Respectueusement.
Yves Kambala
