La Corée du Sud veut faire de l’intelligence artificielle un outil accessible à l’ensemble de sa population. Le ministère sud-coréen des Sciences et des TIC a lancé le programme « AI for All », destiné à développer des services d’intelligence artificielle accessibles gratuitement aux citoyens à partir de modèles développés en Corée.

L’objectif affiché est particulièrement ambitieux : proposer cette année un chatbot généraliste gratuit et sans limitation d’utilisation, puis développer progressivement des agents capables d’aider les citoyens dans leurs démarches. Le gouvernement envisage même, à partir de 2027, de faire évoluer ces outils vers un système où chaque citoyen pourrait disposer de son propre agent d’intelligence artificielle.

Séoul cherche également à réduire sa dépendance envers les grandes plateformes étrangères. Les entreprises retenues pour le programme devront utiliser majoritairement des modèles d’IA sud-coréens. Trois consortiums dirigés par SK Telecom, KT et Kakao ont présenté leurs projets pour participer à cette initiative.

Le gouvernement considère aussi l’IA comme un enjeu de réduction des inégalités. Selon les données citées par le ministère, environ deux tiers des Sud-Coréens ont déjà utilisé des services d’IA, mais une partie importante de la population reste éloignée de ces technologies. Le programme vise donc à éviter qu’une fracture numérique ne devienne une fracture économique et sociale.

Cette stratégie dépasse la simple mise à disposition d’un chatbot. L’ambition est de faire entrer l’IA dans les services publics, les activités économiques et la vie quotidienne. Elle pose cependant des questions importantes sur la protection des données, la sécurité, l’emploi, la dépendance technologique et la nécessité de former les citoyens.

Pour l’Afrique, l’expérience sud-coréenne présente un intérêt particulier. Elle montre qu’un État peut chercher simultanément à démocratiser l’accès à l’IA et à développer une industrie technologique nationale. Pour des pays comme la RDC, où l’accès aux technologies reste inégal, la question essentielle serait de savoir comment adapter un tel modèle aux réalités locales.

La Corée du Sud ne cherche donc plus seulement à être un pays qui utilise l’intelligence artificielle : elle veut construire un écosystème dans lequel l’IA devient un service de masse. La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du pays à garantir l’accès, la sécurité et la formation tout en maintenant une industrie nationale suffisamment compétitive.

Vietnam : le retour du nucléaire crée un nouveau défi, celui des compétences

Le Vietnam relance ses ambitions dans le nucléaire civil pour répondre à la hausse de ses besoins énergétiques. Le pays entend notamment développer les projets Ninh Thuận 1 et Ninh Thuận 2, dans un contexte marqué par l’industrialisation, l’urbanisation et l’augmentation de la demande d’électricité.

Mais Hanoi se retrouve confronté à un problème majeur : le manque de personnel hautement qualifié. Les deux centrales devraient nécessiter environ 4 000 travailleurs directs pour leur exploitation, dont près de 700 devront recevoir une formation avancée à l’étranger.

Les besoins ne concernent pas uniquement les ingénieurs chargés du fonctionnement des centrales. Le Vietnam devra également disposer de spécialistes en sûreté nucléaire, sécurité, réglementation, recherche, gestion des déchets radioactifs, intervention d’urgence, surveillance environnementale et médecine nucléaire.

Cette question des compétences est stratégique. Une centrale nucléaire est conçue pour fonctionner pendant plusieurs décennies et nécessite des personnels formés sur le long terme. Le Vietnam cherche donc à renforcer ses universités, ses centres de recherche et ses partenariats internationaux afin de constituer progressivement une véritable filière nationale.

Le nucléaire est présenté par les autorités vietnamiennes comme un élément de la sécurité énergétique et de la transition vers une économie moins dépendante des combustibles fossiles. Le pays doit parallèlement accompagner son développement industriel et répondre à une demande d’électricité appelée à progresser avec les infrastructures numériques et l’urbanisation.

L’expérience vietnamienne présente un intérêt pour les pays africains confrontés à un déficit énergétique. Elle rappelle qu’un grand projet énergétique ne se résume pas à la construction d’une infrastructure : il faut également former les ingénieurs, créer des institutions de contrôle, garantir la sûreté et développer une chaîne de compétences nationales.

Le Vietnam fait ainsi face à un double défi : construire les capacités de production nécessaires à son développement et disposer des compétences humaines capables de les exploiter en toute sécurité. Le nucléaire devient donc autant une question énergétique qu’une question de formation, de technologie et de souveraineté industrielle.

La Rédaction