L’arrestation de Denise Mukendi Dusauchoy en Tanzanie le 30 août 2026, puis son transfert à Kinshasa, dépasse le simple fait divers judiciaire. C’est un nouvel épisode d’un parcours politique et judiciaire très mouvementé, qui a vu cette influenceuse passer de la défense virulente du pouvoir à la proximité affichée avec l’AFC/M23.

Un point s’impose d’emblée : plusieurs éléments spectaculaires qui circulent depuis son arrestation ne sont pas confirmés officiellement. Il faut donc distinguer les faits établis des rumeurs.

Une arrestation dans le cadre de dossiers en cours

Le ministère congolais de la Justice confirme qu’elle a été interpellée sur la base d’un mandat de la justice congolaise. Trois commissions rogatoires avaient déjà été adressées à la Belgique en octobre et novembre 2025. Entendue au parquet de Kinshasa-Gombe, elle a été placée sous mandat d’arrêt provisoire le 2 septembre pour indices sérieux de culpabilité et risque de fuite. Elle reste présumée innocente.

L’affaire qui l’avait révélée en 2024

Pour comprendre, il faut revenir à 2024. Proche du pouvoir de Félix Tshisekedi, Denise Dusauchoy utilisait les réseaux sociaux comme arme politique. L’épisode le plus marquant reste celui de l’opposant Jacky Ndala. Dans une vidéo virale, elle avait affirmé avoir contribué à son arrestation et tenu des propos très graves sur sa détention à l’ANR. Elle avait ensuite été condamnée le 16 décembre 2024 à trois ans de prison pour faux bruits, faux en écriture et injures publiques.

L’aveu qui fragilise sa crédibilité

Lors de son audition, elle était revenue sur ses propos : « J’ai menti », avait-elle déclaré, précisant qu’elle n’était ni agente de l’ANR ni de la DEMIAP. Cet aveu est central. Il révèle une méthode où provocation, accusation politique et affirmation factuelle se mêlent.

La rupture avec le régime

Libérée conditionnellement le 1er mars 2025, elle opère un virage à 180 degrés. La défenseure du pouvoir devient l’une de ses critiques les plus virulentes. Ses publications ciblent le chef de l’État et son entourage. Ce repositionnement la rapproche progressivement du discours de l’AFC/M23.

Le tournant de Goma

En janvier 2026, à Goma sous contrôle de l’AFC/M23, elle se met à genoux devant des femmes de l’Est et demande pardon. Elle reconnaît avoir été « utilisée comme fer de lance de la communication contre les tribus et les ethnies ». Ce mea culpa change tout : elle ne critique plus seulement Kinshasa, elle avoue avoir participé à une mécanique de division.

Un relais utile dans la guerre informationnelle

Plusieurs sources rapportent des séjours à Goma et Kigali et des prises de position favorables à l’AFC/M23. Elle aurait déclaré que le mouvement poursuivrait son expansion et qu’elle voulait dégrader l’image de Tshisekedi à l’étranger. Ces déclarations doivent être attribuées à leurs sources ; elles ne prouvent pas, à elles seules, une appartenance organique à la rébellion.

Son importance est narrative. Les rapports de l’ONU évoquent une « armée numérique » liée à la rébellion. Dans ce contexte, une figure connue de Kinshasa, passée d’un camp à l’autre et se présentant comme témoin de l’intérieur, est un relais de choix.

Prudence sur le contenu de son téléphone

Depuis son arrestation, des rumeurs évoquent des échanges compromettants avec des membres du gouvernement ou des mandataires. À ce stade, aucune source officielle ne permet d’établir l’existence ou le contenu de ces échanges. Publier des noms serait prématuré et risqué.

Prudence aussi sur les conditions de son arrestation

Des récits non officiels parlent de pressions du Rwanda, du M23 ou du Kenya sur la Tanzanie. Le ministère congolais parle simplement de coopération judiciaire entre Kinshasa et Dodoma. Aucune confirmation officielle de pressions extérieures n’a été trouvée.

Quel scénario pour le procès ?

Le mandat d’arrêt provisoire n’est pas une condamnation. Le Code de procédure pénale prévoit une présentation rapide devant le juge de la détention.

Trois issues sont possibles :

– Le parquet établit des infractions pénalement répréhensibles et une condamnation intervient ;
– Les éléments sont insuffisants et la procédure s’effondre ;
– L’instruction révèle des contacts significatifs avec des acteurs des deux camps. Le procès deviendrait alors une fenêtre sur les réseaux d’influence et les méthodes de propagande autour de la guerre de l’Est.

Au-delà de Denise Dusauchoy

L’enjeu dépasse le sort d’une influenceuse. Son parcours est le miroir de la guerre informationnelle congolaise. La justice devra désormais tracer une ligne claire entre opinion politique, propagande, apologie d’un mouvement armé et participation criminelle. C’est de cette rigueur que dépendra la crédibilité du procès.

La Rédaction