Le 29 octobre 1996, le prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege, revient sur les mises en garde de ce prélat concernant la situation sécuritaire dans la partie orientale de la République démocratique du Congo.
Mgr Christophe Munzihirwa avait été assassiné à Bukavu, chef-lieu de l’actuelle province du Sud-Kivu, lors de la prise de la ville par les forces de l’AFDL, dirigées par Laurent-Désiré Kabila.
Dans un message publié sur son compte X à l’occasion de cette commémoration, le docteur Denis Mukwege déplore trois décennies de conflits et d’impunité dans l’est du pays. Il estime que les avertissements lancés à l’époque par l’archevêque continuent de trouver leur écho dans la situation actuelle.
« 30 ans de guerre, 30 ans d’impunité, 30 ans de trop. Ce 29 octobre marque le triste anniversaire de l’assassinat de l’archevêque Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo en 1996. Il avait prophétisé, nous prévenant avec clarté de tout ce que nous vivons encore à ce jour. Dernier leader debout à Bukavu, il a bravé la peur en encourageant la population à rester unie et à ne pas fuir face aux ennemis de la paix. Ce crime, perpétré par des militaires rwandais sur la place du marché Nyawera et resté impuni jusqu’à ce jour, visait avant tout à traumatiser le peuple pour mieux l’assujettir », a écrit le docteur Denis Mukwege.
Le médecin de l’hôpital de Panzi appelle les Congolais à braver la peur et à rester debout pour honorer la mémoire de Mgr Munzihirwa ainsi que celle des millions de compatriotes qui ont perdu la vie depuis 1996. Il plaide également pour l’unité nationale, la justice et la restauration de la paix en RDC.
« À sa mémoire et à celle de millions de nos compatriotes fauchés depuis 1996, poursuivons sans faiblir la lutte pour recouvrer notre dignité et notre liberté. Unissons-nous et avançons ensemble pour la justice et la restauration de la paix en RDC », a-t-il ajouté.
Dans son message, Denis Mukwege revient également sur les massacres commis lors de la prise de Bukavu, les 29 et 30 octobre 1996. Se référant aux événements de cette période, il évoque plus de 450 civils tués par des éléments de l’AFDL/APR.
« Au cours des combats pour la prise de Bukavu, les 29 et 30 octobre 1996, des éléments de l’AFDL/APR ont tué plus de 450 civils. Le 29 octobre, ils ont tiré à l’arme lourde sur la ville, tuant sans discrimination civils et militaires. Après le départ des FAZ, ils ont ouvert le feu sur la population qui tentait de s’enfuir. Ils ont tué de nombreux civils à bout portant, dont l’archevêque de l’Église catholique, Mgr Munzihirwa, tué dans son véhicule avec son chauffeur et son garde du corps. À compter du 30 octobre, les militaires ont procédé à la fouille systématique des maisons, tuant et torturant sans discrimination des dizaines de personnes, civils comme militaires », a-t-il rappelé.
Depuis 1996, les populations de la partie orientale de la RDC continuent de subir les conséquences des conflits armés. Les violences contre les civils, les violences sexuelles, les déplacements forcés et la séparation des familles figurent parmi les nombreuses conséquences de cette insécurité persistante.
Trente ans après la disparition de Mgr Christophe Munzihirwa, son assassinat reste ainsi un symbole des violences qui ont marqué l’histoire récente de l’est de la RDC et relance la question de la justice pour les victimes des conflits successifs.
Zéphyrin Amboka Pengume
