Il s’en est de trop pour le Maréchal Mobutu, vers les années 90. Les ténors de l’opposition, en tête l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), dirigée par Frédéric Kibassa Maliba, Mbuakiem, Marcel Lihau et Étienne Tshisekedi, avaient pris le Maréchal Mobutu en étau. Mobutu avait certes la gestion du Zaïre, craint comme un léopard, mais la rue était sous contrôle de ces “quatre” de l’UDPS, qui connaissaient bien le président fondateur du MPR, comme on connaît ses poches.
Dans ce contexte, la tempête de la Perestroïka, qui a soufflé sur le continent, a encore précipité l’affaiblissement du système du régime Mobutu. Beaucoup de ceux qui avaient travaillé avec le Maréchal ont été contraints de rejoindre ce “bateau”, qui avait comme quai la 12e rue Limete (résidentiel), au domicile de Frédéric Kibassa Maliba. Là, au quotidien, il y avait des rassemblements des jeunes et des combattants : ils passaient toute la journée à discuter sur la probable chute du Maréchal Mobutu.
Si l’histoire peut considérer que Laurent-Désiré Kabila est le tombeur du président du Zaïre, elle doit aussi reconnaître que c’est l’UDPS des “quatre” Mbuakiem, Kibassa, Lihau et Tshisekedi qui a fait le gros du travail pour affaiblir le Léopard. Dans ce combat, il y a eu des jeunes qui y ont cru, qui se sont sacrifiés pour accompagner les “vieux”. Parmi eux, trois noms sortent du lot : Martine Nole, Jacques Matanda et Joseph Olengakoy. Et parmi ce lot de trois, ce dernier a été le plus dangereux, avec un œil clairvoyant, qui ne reculait jamais dans ce combat contre la dictature du Maréchal Mobutu.
Joseph Olengakoy pouvait facilement détecter les traîtres, parmi ces “mouvanciers” qui avaient rejoint l’Union sacrée. Lors des rassemblements des militants, devant la 12e rue, il pouvait venir et dire :
« Ne faites plus confiance à X ou Y. Il a déjà été acheté ; vous en aurez des preuves dans quelques jours. »
Et ces propos se concrétisaient.
C’est Olengakoy qui a alerté les militants au sujet de la nomination de Mangui Diaka au poste de premier ministre, en remplacement d’Étienne Tshisekedi. C’est lui aussi qui a indiqué, par la même occasion, que Jibi Ngoy ferait partie des ministres que Mobutu allait nommer.
Olengakoy avait la confiance des quatre présidents de l’UDPS, particulièrement celle d’Étienne Tshisekedi. C’est lui qui se chargeait des journées villes mortes, et ses “trac(k)s” une fois lancées, sous l’ordre d’Étienne Tshisekedi, produisaient les effets escomptés.
Et les villes zairoises particulièrement Kinshasa obéissaient à Olengakoy, devenu incontournable si l’Union sacrée voulait tenter une action de ce genre. Des villes mortes aux marches et diverses manifestations, sans violences comme le prônait l’UDPS Joseph Olengakoy était l’élément clé du succès, qui, au final, commençait à agacer le vieux Léopard.
« Ramenez-moi ce Olengakoy vivant », avait ordonné un jour le Maréchal à ses services, la Division spéciale présidentielle (DSP). Un mot du Léopard est exécuté sans tergiversation. Parti le matin à N’sélé, le Président du Zaïre rentre le soir à sa résidence de Mont-Ngaliema. Or, Olengakoy avait déjà été capturé et amené manu militari au Camp Tshatshi. Le Maréchal était déjà informé de la présence de Joseph. Et le chef de l’État — qui connaissait personnellement les leaders de l’UDPS et quelques ténors de l’Union sacrée — s’attendait à voir un géant qui tenait régulièrement la ville en otage par ses villes mortes.
Ce n’est pas Olengakoy qui “allait” vers le Maréchal ; c’était plutôt le contraire. À son arrivée à sa résidence, il posa la question : « Où est-il ? » On indiqua au chef où l’on avait placé le prince des villes mortes. Le Maréchal s’y approche… Olengakoy, bien libre de ses mouvements, se lève devant le Maréchal.
« C’est vous, Olengakoy ? », demanda le Léopard.
« C’est moi, Olengakoy, mon Maréchal. »
Mobutu ne s’attendait pas à voir un jeune, mince de taille, beaucoup de cheveux et qui reste serein devant le Léopard.
Pas un mot de plus, après quelques minutes d’observation…
« Laissez-le partir. Accompagnez-le jusqu’à sa résidence », ordonna le Maréchal Mobutu.
L’homme, alors sous escorte de la DSP, avait quitté la résidence du président du Zaïre pour gagner son domicile.
Jacques Amboka
