Kinshasa, capitale débordante, s’invente chaque jour ses propres règles de circulation. Les motos-taxis, mieux connues sous le nom de « Wewa », en sont l’exemple parfait. Dans une ville où les parkings publics n’ont jamais été pensés, leur avènement a semblé une solution miracle pour traverser l’espace-temps urbain… avant de se révéler aussi une source de chaos.
Sans stationnement réservé, ces engins s’installent partout, grignotant au minimum deux mètres de chaussée, rarement alignés, formant un véritable Capernaüm. Une fois lancés, c’est un festival : les conducteurs se faufilent entre les voitures, inventant des couloirs invisibles, parfois au prix d’une sécurité sacrifiée. Là où hier encore une voiture osait un dépassement audacieux, aujourd’hui s’ouvre une brèche vers de nouveaux risques d’accidents.
Dans les embouteillages, les Wewa règnent en maîtres. Ils passent sous les remorques, s’accrochent aux moindres failles du trafic, transformant chaque ralentissement en une danse chaotique et infinie. Étendus comme un ruban mouvant ou compactés en essaim, ils sont omniprésents. Peu formés au code de la route, certains multiplient les dépassements hasardeux, ignorant les priorités.
Le terme « Wewa » lui-même porte une histoire. Beaucoup de ces motards venaient du Grand Kasaï, cherchant à « se faire la vie » à Kinshasa, avant que toutes les tribus ne s’engouffrent dans le secteur faute d’emplois. Clin d’œil à Christian Kimbukusu, paix à son âme : c’est par lui qui a baptisé le personnage de ce phénomène urbain. Et le dit nom est devenu identité.
HANA KEL
