Réagissant à l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle le mardi 28 juillet, validant sous réserves la conformité de la loi référendaire en République démocratique du Congo, le constitutionnaliste Benjamin Bajikijaie estime qu’il s’agit d’un verdict « mi-ange, mi-démon ».

« Pour de nombreux observateurs non avertis, la loi est déclarée conforme. Pour le scientifique et le praticien du droit public que je suis, cet arrêt constitue la validation éclatante et absolue de toutes les alertes que j’ai lancées ces dernières semaines. En imposant des réserves d’interprétation strictes sur 13 articles majeurs, la Cour constitutionnelle confirme officiellement que cette loi, dans sa version initiale, contenait un venin institutionnel mortel pour notre démocratie », écrit Benjamin Bajikijaie dans une lettre ouverte adressée aux juges de la Haute Cour.

Dans son argumentaire, l’ancien conseiller juridique d’Étienne Tshisekedi estime que l’arrêt de la Cour est « un traitement théorique qui ne résistera pas à la réalité du terrain ». Selon lui, « les juges ont tenté de vider le loup de son venin, mais ils ont laissé le loup entrer dans la bergerie ».

« Qui fera respecter la neutralité administrative exigée par la Cour dans nos territoires ruraux les plus reculés ? », s’interroge ce spécialiste du droit international, avant de poursuivre :

« Comment nos témoins contesteront-ils les fraudes dans un délai de 15 jours sur un territoire de 2,3 millions de kilomètres carrés en pleine insécurité ? Et qui empêchera les deux chambres, muées en Assemblée constituante, de se proclamer pouvoir constituant originaire, n’étant plus lié par les décisions antérieures de la Cour constitutionnelle ? »

En définitive, Benjamin Bajikijaie demeure convaincu qu’il s’agit d’« un coup d’État légal par excellence ». Il appelle ainsi à la vigilance collective, estimant que « le combat pour la sauvegarde de la République ne fait que commencer ».

Faustin Kalenga