À Lubumbashi, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur : l’usage détourné de la colle Pattex comme drogue, notamment chez des jeunes en quête d’évasion. David Kabongo, un jeune orphelin de 24 ans, témoigne de sa consommation de ce mélange qu’il prépare en combinant de la colle avec de l’essence.
« Je ne prends pas du chanvre, même pas. J’utilise cette colle juste pour avoir une idée, parce que le travail que je fais demande un autre esprit que celui de tous les jours », explique-t-il.
Son parcours illustre la détresse d’une jeunesse confrontée à des défis économiques et sociaux majeurs. David revient sur ses débuts dans cette pratique :
« Ça fait deux ans que je prends ce mélange. C’est depuis 2022 que mes amis m’ont entraîné, parce qu’on me traitait de fou ».
Ce besoin d’appartenance et d’acceptation sociale l’a poussé à adopter un comportement qu’il jugeait au départ inacceptable. Avec le temps, il s’est habitué à ce mélange, sans ressentir, jusqu’ici, de complications apparentes.
Dans le quartier Kasapa, André Mutombo, cordonnier, utilise également la colle Pattex mais dans un tout autre cadre :
« Quand un client arrive avec une chaussure qui ne nécessite ni fil ni crochet, j’utilise cette colle. Je la trouve très dangereuse, car la manière dont elle colle à mes mains me laisse imaginer les effets qu’elle peut avoir dans l’organisme ».
Tandis que pour lui, cet outil reste strictement professionnel, pour certains jeunes, il est devenu un échappatoire.
Le médecin généraliste Jeannot Shongo alerte sur les effets dévastateurs de cette pratique :
« L’inhalation de ces substances peut entraîner des dommages irréversibles au cerveau, des troubles du système nerveux central, ainsi qu’une dépendance psychologique. Les utilisateurs peuvent souffrir de désorientation, de troubles de la mémoire, et dans les cas extrêmes, de défaillances organiques ».
Les effets nocifs ne se limitent pas à la santé physique. Jean-Claude Kabamba, chercheur en psychologie clinique, en souligne les conséquences mentales :
« L’usage de drogues comme la colle Pattex peut entraîner une altération de la perception, des troubles anxieux et dépressifs, ainsi qu’une dégradation des relations sociales. L’impact sur l’état d’esprit humain est dévastateur ».
À quelques mètres de la Faculté de Droit de l’Université de Lubumbashi, Matete Odon, juriste en droit civil, aborde la problématique sous l’angle légal :
« Il est urgent d’établir un cadre réglementaire sur l’usage de drogues en public. La législation doit être renforcée pour protéger notre jeunesse de ces substances nocives ».
Rebecca Nzeba Mwambuyi, résidente du camp militaire « Camp Blanc », situé non loin de la prison centrale de Kasapa, témoigne des effets visibles dans son quartier :
« C’est devenu une habitude chez les gens de notre quartier ! Prendre de l’alcool, ça passe, mais la colle, je ne sais pas pourquoi. Les téléphones sont extorqués par des jeunes qui prennent cette drogue ».
Au cœur de Lubumbashi, la sécurité publique est de plus en plus menacée par cette dépendance croissante. Les jeunes « shegués » sont visibles dans de nombreux coins stratégiques du centre-ville, eux aussi pris dans l’engrenage de cette pratique devenue quotidienne.
Lubumbashi, Loss-Adonis Ngoyi
