Mélenchon, immigration et Afrique : une vision fondée sur la souveraineté et la rupture avec la « Françafrique »

Jean-Luc Mélenchon fait de la question migratoire un sujet qu’il relie directement aux déséquilibres économiques et politiques entre l’Europe et les pays du Sud. Il rejette notamment une approche fondée uniquement sur le contrôle des frontières et les quotas. Dans un entretien, il affirme : « Notre position à nous, c’est qu’il faut tout faire pour que les gens ne partent pas de chez eux. Mais, une fois qu’ils sont en route, puis qu’ils arrivent ici, on doit les traiter humainement. » Il estime également que la France a besoin de travailleurs immigrés et refuse que les migrants soient considérés comme une simple variable économique.

Cette approche s’accompagne d’une critique des politiques européennes de migration. Mélenchon considère que la question migratoire ne peut être dissociée des conditions de vie dans les pays d’origine : pauvreté, conflits, changement climatique, difficultés économiques ou manque de perspectives pour la jeunesse. Dans son programme, son camp défend ainsi une politique visant à créer les conditions permettant aux Africains de « vivre et travailler au pays », plutôt que de considérer l’émigration comme une réponse structurelle aux déséquilibres économiques. Il refuse par ailleurs une politique reposant sur la fermeture permanente des frontières et défend une approche davantage axée sur les droits des migrants.

Sur l’Afrique, Mélenchon défend depuis plusieurs années une rupture avec ce qu’il décrit comme les « restes du colonialisme » dans les relations franco-africaines. Son projet prévoit notamment de mettre fin au soutien politique, militaire et financier aux régimes autoritaires, de revoir les accords de défense et de modifier profondément l’aide publique au développement. Il souhaite également que cette aide soit davantage orientée vers les populations et les sociétés civiles plutôt que vers les intérêts des régimes ou des grandes entreprises. Sa formule est claire : « Il faut en finir avec les formules creuses » et construire des coopérations répondant à des besoins concrets.

La question de la souveraineté occupe une place centrale dans cette vision. Mélenchon défend notamment le droit des pays africains à déterminer eux-mêmes leur politique monétaire et propose de laisser les États de la zone CFA choisir librement leur monnaie. Il critique également certains accords commerciaux entre l’Europe et l’Afrique, qu’il accuse de fragiliser les agricultures et la pêche artisanale africaines. Sur la dette, il propose notamment l’annulation de certaines « dettes odieuses », qu’il définit comme celles contractées par des régimes autoritaires au profit de leurs élites.

Cette ligne explique aussi son intérêt particulier pour les mouvements politiques africains qui revendiquent davantage de souveraineté. En 2023, lors de son passage à l’Assemblée nationale de la RDC, Mélenchon a insisté sur le rôle stratégique du continent et présenté l’Afrique comme « le futur de l’humanité », notamment en raison de sa dynamique démographique. Il a plaidé pour une relation franco-congolaise fondée sur des intérêts communs, notamment la protection des forêts et des océans. En 2024, sa visite au Sénégal et ses contacts avec le nouveau pouvoir sénégalais ont également illustré son rapprochement avec les forces politiques africaines se réclamant du panafricanisme et de la souveraineté.

Pour l’Afrique, Mélenchon représente donc, dans le débat politique français, une ligne particulièrement critique de la politique africaine traditionnelle de la France : moins de présence militaire, davantage de souveraineté pour les États africains, remise en cause du système CFA, coopération économique et scientifique plus égalitaire et refus du soutien aux régimes autoritaires. Il ne propose toutefois pas une rupture avec l’Afrique : au contraire, son projet prévoit de renforcer les coopérations avec le continent. Dès 2017, il résumait sa conception par cette formule : « Nous prônons une francophonie basée sur des échanges culturels, scientifiques et commerciaux égalitaires », tout en appelant à « rendre l’Afrique aux Africains ».

Jacques Amboka Mokoko