Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA), a publié mercredi 11 Février 2026, une évaluation critique de la situation sécuritaire, humanitaire et des libertés publiques dans la province du Nord-Kivu, un an après l’installation des institutions provinciales à Beni. Le mouvement évoque un bilan qu’il juge préoccupant et appelle à des réformes urgentes.

Selon la LUCHA, une tentative de remise pacifique d’un mémorandum au gouverneur, le 4 février 2026, a été violemment dispersée. Le mouvement affirme que cette action a conduit à des arrestations « arbitraires », des actes de mauvais traitements et à l’incarcération de six militants à l’État-major de Beni, sur instruction des autorités urbaines. La LUCHA dénonce ce qu’elle considère comme de graves atteintes à la liberté d’expression et de manifestation.

Sur le plan sécuritaire, la LUCHA estime que les engagements initiaux du gouverneur n’ont pas produit les résultats escomptés. Le mouvement rappelle notamment la promesse de rétablir rapidement la sécurité à Goma. Il soutient que la menace du M23 demeure dans plusieurs zones de la province.

S’appuyant sur des rapports d’organisations internationales de défense des droits humains, la LUCHA évoque la persistance de violences contre les civils dans certaines zones affectés par les groupes armés, notamment des massacres, violences sexuelles et exactions diverses.

Dans les territoires de Beni et Lubero, le mouvement cite des données de la société civile faisant état de dizaines de civils tués depuis le début de l’année 2026 dans des attaques attribuées aux ADF. Sur l’ensemble de l’année de gouvernance, le bilan avancé par la LUCHA se situe entre 500 et 600 victimes civiles dans plusieurs localités.

La LUCHA critique également l’état de siège en vigueur depuis cinq ans, estimant qu’il n’a pas permis d’améliorer la sécurité. Le mouvement affirme au contraire que cette mesure d’exception aurait contribué à un rétrécissement de l’espace civique. Le mouvement dénonce par ailleurs une pression croissante sur les libertés publiques. Il cite notamment la répression de sa manifestation pacifique et rappelle l’assassinat de l’artiste-musicien Delcat Idenco en février 2025.

Selon des organisations de défense des droits humains, ce meurtre serait lié à son engagement artistique et citoyen. Pour la LUCHA, cet événement symbolise les risques auxquels sont exposés les défenseurs des droits humains dans la province.

Face à ce qu’elle considère comme une crise sécuritaire et institutionnelle persistante, la LUCHA formule plusieurs recommandations :

Au gouvernement central :

– Lever l’état de siège jugé inefficace ;
– Mettre en œuvre une stratégie militaire renforcée avec une chaîne de commandement assainie ;
– Auditer la gestion financière des fonds alloués à l’état de siège.

Au gouvernement provincial :

– Garantir la liberté d’expression et de manifestation pacifique ;
– Créer un mécanisme de protection pour les défenseurs des droits humains, journalistes et acteurs de la société civile ;
– Assurer la transparence dans la gestion des projets de développement.

Pour la LUCHA, la paix durable ne peut être obtenue sans volonté politique, redevabilité et respect des droits fondamentaux. Le mouvement estime que les populations du Nord-Kivu, durement éprouvées par des années d’insécurité, attendent des actions concrètes au-delà des promesses.

 

Gires Kasongo