La société civile Forces vives du Nord-Kivu s’est réunie, mardi 21 juillet, à Mangina, dans le territoire de Beni, pour analyser l’évolution de la situation sécuritaire dans la province ainsi que les principaux enjeux de l’heure. À l’issue de cette rencontre, elle a dressé un tableau préoccupant de l’insécurité persistante dans plusieurs zones du Nord-Kivu et formulé une série de recommandations à l’intention des autorités congolaises et de la communauté internationale.

Dans sa déclaration, la société civile indique que l’analyse globale de la situation sécuritaire révèle une recrudescence des attaques attribuées aux rebelles des ADF dans les villes de Beni et d’Oïcha ainsi que dans plusieurs localités du territoire de Beni, notamment Mbau, Mangina et d’autres agglomérations. Selon elle, ces violences se traduisent par des massacres répétés de civils, l’incendie de maisons et de motos, ainsi que par des enlèvements de plusieurs personnes dont le sort demeure inconnu.

Parallèlement, la société civile affirme que la partie sud de la province reste confrontée aux activités du M23. Elle soutient que ce mouvement poursuit son renforcement militaire, notamment par le déploiement de combattants ayant achevé leur formation à Chanzu, avec un appui logistique conséquent. À ses yeux, cette situation témoigne de la volonté du groupe armé de poursuivre les affrontements malgré les différents engagements pris dans le cadre des initiatives de paix.

La déclaration dénonce également de nombreuses violations présumées des droits humains dans les zones sous contrôle du M23. La société civile évoque notamment des massacres, des actes de torture, des violences sexuelles, le pillage des ressources naturelles et des biens de la population, l’occupation illégale des habitations et des champs, l’installation de populations qualifiées d’« inconnues » dans certaines entités, l’imposition de taxes illégales, le recrutement forcé des jeunes ainsi que des assassinats ciblés.

S’agissant des enjeux actuels, la société civile Forces vives du Nord-Kivu dit soutenir la tenue d’un dialogue national inclusif, tout en insistant sur la nécessité de respecter les lois de la République démocratique du Congo.

Au regard de cette situation, elle recommande aux Nations unies, aux États-Unis, à l’Union européenne et à l’Union africaine de veiller à l’application effective des résolutions 2773 et 2808, de soutenir la création d’une cour pénale internationale chargée de juger les crimes commis en RDC et de faire respecter les engagements issus des accords de Washington.

À l’endroit du président de la République, Félix Tshisekedi, et du gouvernement congolais, la société civile demande de mobiliser tous les moyens légaux pour restaurer la paix et la sécurité dans l’Est du pays, de renforcer les capacités opérationnelles des FARDC par des équipements modernes afin de lutter efficacement contre les ADF, le M23/AFC, les RDF et les autres groupes armés, ainsi que d’organiser des missions régulières de suivi et d’évaluation des opérations militaires.

Enfin, la société civile appelle le gouverneur du Nord-Kivu, également commandant des opérations, à réorganiser les unités engagées dans la lutte contre les ADF afin d’accélérer leur éradication, à renforcer la coordination des opérations entre les FARDC, l’UPDF et la MONUSCO, à sanctionner les commandants qui n’ont pas réagi à temps aux alertes sécuritaires de la population et à lutter contre les tracasseries en réduisant les effectifs de la Police de circulation routière aux carrefours au profit de la police de proximité. Elle plaide également pour la suppression des barrières illégales et la sanction des auteurs de perceptions illicites de taxes.

Gires Kasongo