La Coordination territoriale de la Société civile Forces vives de Lubero a rendu publique une déclaration le 19 novembre 2025 dernier, au terme d’une réunion d’analyse de la situation sécuritaire et humanitaire dans ce territoire du Nord-Kivu. Le constat dressé est accablant : tueries, déplacements massifs, violations des droits humains, multiplication des groupes armés et implication de certains agents de l’État dans des activités illicites.
Selon la Société civile, plusieurs localités du secteur des Bapere et de la chefferie des Baswagha ont été attaquées à répétition par les ADF, provoquant la mort de centaines de civils depuis le mois de septembre. Plus de 288 personnes ont été tuées, tandis que plusieurs cas d’enlèvements ont été recensés.
Des dizaines de villages dont Ntoyo, Mukondo, Kasenyi, Makelekele, Pangoya, Bandulu, Gwadro, Robine, Malumguma, Mabuo, Fatua, Mangazi, Itinge, entre autres, ont été totalement vidés de leurs habitants, contraints de fuir face à la violence croissante.
La Coordination déplore également la présence récurrente de militaires et agents de sécurité impliqués dans l’exploitation illicite du bois et du tabac, alors que les effectifs des services de sécurité sont insuffisants pour protéger la population.
La faune humaine comme animale est gravement touchée. La Société civile souligne que plus de 2 000 armes seraient entre les mains de civils dans certains villages du secteur des Bapere, facilitant l’insécurité et les exactions.
Elle dénonce par ailleurs la montée des violences sexuelles, de pillages, d’enlèvements mais aussi la transplantation et l’installation de populations inconnues, aggravant les tensions dans les groupements Tama et Itala, au sud du territoire de Lubero.
La confusion entre groupes Wazalendo et ADF, ainsi que les accrochages fréquents entre factions, accentuent la détresse des habitants. Les routes agricoles sont devenues impraticables, impardonnant l’accès aux soins, à l’éducation ou aux marchés.
Dans certaines zones, 90% des écoles et centres de santé sont fermés. La Société civile dénonce également des tracasseries administratives, des barrières illégales et des taxes abusives imposées aux civils.
Au regard de la gravité de la situation, la Société civile adresse une série de recommandations :
1. Au gouvernement central
– Retirer les Wazalendo des zones densément peuplées.
– Assister les personnes déplacées du corridor Butembo–Manguredjipa.
– Renforcer les Services de sécurité et améliorer leur logistique.
– Intensifier le renseignement militaire contre les ADF.
2. Au gouvernement provincial et au commandement FARDC Grand-Nord
– Organiser un dialogue communautaire d’urgence sur la situation sécuritaire.
– Délocaliser les positions des Wazalendo des agglomérations densément peuplées.
– Réduire les risques d’affrontements entre Wazalendo et ADF.
– Répondre aux besoins urgents en santé, nutrition et protection.
– Réglementer strictement les activités de pêche sur le lac Édouard.
3. À la justice militaire du Nord-Kivu, de poursuivre les auteurs de massacres, exactions et violations des droits humains.
4. À la population, de renforcer la vigilance et collaborer avec les services de sécurité.
La Société civile de Lubero tire la sonnette d’alarme sur une situation « hors de contrôle », marquée par un délitement total de la sécurité et une souffrance immense des populations. Elle appelle l’État congolais à agir de toute urgence pour éviter une crise humanitaire d’ampleur encore plus dramatique.
Gires Kasongo
