Importance des zones humides

À l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, célébrée chaque 2 février, le conservateur du Parc National des Virunga (PNVi) dans le secteur Nord, Érick Kitakya, attire l’attention sur l’importance stratégique de ces écosystèmes pour les populations du Nord-Kivu et pour la conservation de la biodiversité.

Dans cette province de l’Est de la RDC, les zones humides constituent des milieux naturels où l’eau, stagnante ou courante, permanente ou temporaire, façonne la vie. Marais, berges de lacs, plaines inondables et zones marécageuses jouent un rôle central dans l’équilibre écologique et socio-économique de la région, en particulier autour du lac Édouard et à l’intérieur du Parc National des Virunga.

Sécurité alimentaire

Selon Érick Kitakya, les zones humides sont au cœur de la sécurité alimentaire locale. Elles soutiennent la pêche durable, notamment grâce aux zones marécageuses qui servent de frayères naturelles pour les poissons. Sans ces espaces, la reproduction des espèces halieutiques serait compromise, mettant en péril la principale source de protéines et de revenus des communautés riveraines.

Ces milieux offrent également des terres naturellement fertiles, favorables à l’agriculture de subsistance, à la riziculture, à l’aquaculture et à la pisciculture, même pendant la saison sèche.

Gestion de l’eau et du climat

Au-delà de la nourriture, les zones humides jouent un rôle vital dans la gestion de l’eau et du climat. Elles fonctionnent comme de véritables éponges naturelles, capables d’absorber l’excédent d’eau lors des fortes pluies, fréquentes dans cette région montagneuse.

Ce mécanisme réduit considérablement les risques d’inondations et de coulées de boue qui menacent régulièrement les villages. Les plantes marécageuses filtrent également les polluants et les sédiments, améliorant la qualité de l’eau utilisée par les populations pour boire, cuisiner et se laver. Par ailleurs, ces écosystèmes stockent d’importantes quantités de carbone, contribuant ainsi à la régulation du microclimat local.

Matériaux essentiels

Pour les habitants du Nord-Kivu, les zones humides sont aussi une source de matériaux essentiels. Le chaume pour les toitures, les roseaux pour l’artisanat et, dans certaines limites réglementées, le bois de chauffe, proviennent de ces milieux. Elles représentent en outre un patrimoine naturel et touristique important. Les paysages du Parc National des Virunga attirent des visiteurs dont les redevances contribuent indirectement au financement de projets communautaires, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Cependant, ces écosystèmes sont aujourd’hui soumis à de fortes pressions. La croissance démographique rapide et l’extension incontrôlée des zones d’habitation et de culture, surtout autour de Goma et dans le territoire de Rutshuru, entraînent l’assèchement et la destruction progressive des marais. À cela s’ajoutent les effets des conflits armés, qui limitent la surveillance de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et favorisent le braconnage, la déforestation et l’exploitation anarchique des zones humides reculées.

Pollution et dégradation

La pollution, notamment par les déchets plastiques et les effluents urbains, dégrade également la qualité des écosystèmes aquatiques.

La disparition des zones humides aurait des conséquences lourdes pour la province. Elle accentuerait les risques naturels, détériorerait la qualité de l’eau et exposerait les populations à des maladies hydriques. Elle entraînerait aussi une perte importante de biodiversité, avec la disparition d’espèces emblématiques comme les hippopotames, dont le rôle est essentiel dans la fertilité des eaux et l’équilibre des pêcheries.

Mécanismes de protection

Face à ces défis, des mécanismes de protection existent. La République démocratique du Congo est signataire de la Convention de Ramsar, qui reconnaît le lac Édouard comme une zone humide d’importance internationale. Au niveau local, le Parc National des Virunga dispose de plans de gestion intégrant la protection des écosystèmes aquatiques.

Collaboration locale

La COPEVI, Coopérative des Pêcheurs de Virunga, détient le droit de pêche sur le lac Édouard et travaille en partenariat avec l’ICCN pour une gestion durable des ressources halieutiques. Le Code congolais de l’eau et le Code forestier prévoient également des mesures de protection, même si leur application reste fragilisée par l’insécurité et la désinformation.

En cette Journée mondiale des zones humides, Érick Kitakya lance un appel à la responsabilité. Pour lui, protéger ces écosystèmes, c’est préserver la sécurité alimentaire, la santé des populations et l’avenir environnemental du Nord-Kivu.

 

Gires Kasongo