La situation humanitaire demeure particulièrement préoccupante au Nord-Kivu. C’est l’alerte lancée samedi 19 septembre 2026 par Aldjouma Sow, chef de bureau de l’OCHA au Nord-Kivu, lors d’un échange organisé au Gouvernorat de province avec la ministre d’État chargée des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba.
Dans son intervention, Aldjouma Sow a décrit une crise humanitaire multidimensionnelle, alimentée notamment par l’insécurité persistante, les déplacements massifs de populations et les conséquences des différentes crises sanitaires et alimentaires.
Selon les données présentées par l’OCHA, quelque 3 448 242 personnes restent en mouvement au Nord-Kivu en 2026. À cette situation s’ajoute l’épidémie d’Ebola, toujours active dans le corridor Beni-Butembo-Lubero, avec un taux de létalité estimé à 65 %, a-t-il indiqué.
Sur le plan alimentaire, environ 1,8 million de personnes se trouvent actuellement en situation de crise nécessitant une réponse urgente. Le responsable de l’OCHA a également fait état de plus de 200 civils tués et de plusieurs dizaines d’autres personnes enlevées ou portées disparues depuis le début de l’année.
Le secteur de l’éducation est lui aussi fortement affecté. Plus de 100 écoles auraient été touchées par la situation sécuritaire, privant ainsi plus de 10 000 enfants d’accès à l’éducation. Dans le domaine sanitaire, 85 structures de santé ont, selon les mêmes données, été attaquées ou détruites.
Parmi les zones identifiées comme particulièrement préoccupantes figurent notamment Beni, Oïcha, Mabalako, Butembo, Lubero, Kaina, Alimbongo, Masisi, Mweso, Pinga, Itembero et Manguredjipa.
Plus de 2,2 millions de personnes sans assistance adéquate
Face à l’ampleur des besoins, les capacités actuelles de la réponse humanitaire restent largement insuffisantes. Aldjouma Sow estime à plus de 2,26 millions le nombre de personnes qui demeurent sans assistance adéquate dans la province.
Les déficits concernent principalement plusieurs secteurs essentiels, notamment la protection des civils, la santé, l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement, les abris, la sécurité alimentaire ainsi que l’accompagnement des personnes retournées dans leurs milieux d’origine.
Devant la ministre Ève Bazaiba, le chef de bureau de l’OCHA au Nord-Kivu a ainsi lancé un plaidoyer en faveur d’une mobilisation accrue des ressources financières et d’un renforcement des mécanismes de protection des populations civiles.
« Nous souhaiterions davantage mobiliser les financements. Plus de 2,26 millions de personnes restent non assistées au Nord-Kivu », a-t-il souligné, appelant également à renforcer la protection des civils, qui, selon lui, « payent le lourd tribut » des violences persistantes dans la province.
Ève Bazaiba annonce une réponse humanitaire d’urgence
De son côté, Ève Bazaiba a précisé que sa mission à Beni, où elle séjourne depuis vendredi 18 septembre, s’inscrit dans une démarche visant à apporter une réponse humanitaire urgente aux populations affectées par les conséquences de la guerre.
La ministre d’État a également annoncé son intention de travailler sur la question du retour volontaire des déplacés internes dans leurs milieux d’origine, notamment dans les zones où les conditions sécuritaires permettent d’envisager un retour.
Gires Kasongo
