La course à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie s’annonce comme l’un des principaux rendez-vous diplomatiques de l’espace francophone. La Congolaise Juliana Lumumba affronte la Rwandaise Louise Mushikiwabo, actuelle secrétaire générale, qui arrive au terme de son deuxième mandat mais sollicite un troisième. Les textes de l’organisation ne fixant pas de limite au nombre de mandats, sa candidature est juridiquement recevable.

Cette confrontation dépasse toutefois les personnes : elle met en lumière des équilibres géopolitiques, linguistiques et diplomatiques au sein de la Francophonie.
Le choix du prochain secrétaire général devrait intervenir lors de la 20ᵉ Conférence ministérielle de la Francophonie, prévue à Québec (Canada) les 8 et 9 octobre 2026, avant d’être entériné par les chefs d’État et de gouvernement lors du 20ᵉ Sommet de la Francophonie, programmé du 30 au 31 octobre 2026 dans la même ville.

Le secrétaire général est traditionnellement désigné par consensus. À défaut, les États et gouvernements membres peuvent procéder à un vote. Ce sont les représentants des États membres de l’OIF qui participent à ce choix.
Cette élection est particulièrement stratégique. Le secrétaire général de l’OIF porte la voix politique de l’organisation, impulse ses grandes orientations en matière de coopération, de démocratie, de promotion de la langue française, de jeunesse, d’éducation et de développement.

Il représente également la Francophonie sur les grandes scènes diplomatiques internationales.
La candidature de Juliana Lumumba revêt une forte portée symbolique pour la République démocratique du Congo. Fille cadette du héros national Patrice Lumumba, elle incarne, aux yeux de ses soutiens, une volonté de repositionner la RDC au premier plan de la diplomatie francophone.

Kinshasa entend faire valoir son statut de plus grand pays francophone du monde en nombre de locuteurs, un argument régulièrement mis en avant par les autorités congolaises.
Face à elle, Louise Mushikiwabo met en avant son expérience acquise depuis son élection en 2018 et sa réélection en 2022. Ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda, elle estime disposer du bilan et du réseau diplomatique nécessaires pour poursuivre les réformes engagées au sein de l’organisation.

Sa candidature bénéficie également du poids diplomatique acquis par Kigali sur la scène internationale.
Cette confrontation ravive cependant un débat récurrent. Le Rwanda a progressivement fait de l’anglais sa principale langue d’enseignement et d’administration, tout en demeurant membre actif de la Francophonie. Pour certains observateurs, voir une responsable rwandaise diriger une organisation dédiée à la langue française illustre l’évolution de l’OIF vers une organisation davantage politique que strictement linguistique.

D’autres estiment, au contraire, que la Francophonie repose avant tout sur des valeurs communes dépassant la seule question de la langue.
La position de la France sera particulièrement scrutée. Principal contributeur financier et acteur influent de l’OIF, Paris évite pour l’instant d’afficher un soutien officiel à l’une ou l’autre candidate. Cette prudence diplomatique permet à la France de préserver ses relations avec Kigali comme avec Kinshasa, deux partenaires majeurs en Afrique centrale, tout en laissant les États membres construire un consensus.

Pour la République démocratique du Congo, cette bataille représente un test grandeur nature de son influence diplomatique. Les autorités congolaises devront convaincre les États d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie membres de l’OIF que la candidature de Juliana Lumumba est celle du renouveau. Les tractations diplomatiques, les alliances régionales et les négociations bilatérales devraient s’intensifier dans les semaines précédant le sommet.

Les derniers développements montrent que les deux camps multiplient les consultations auprès des capitales francophones afin de rallier des soutiens. Aucun consensus clair ne se dégage encore, laissant présager une compétition ouverte jusqu’aux derniers jours précédant les réunions décisives d’octobre. Les observateurs estiment que les équilibres géopolitiques, les relations bilatérales et les intérêts stratégiques pèseront autant que les profils des candidates.

Au-delà de l’élection d’une personnalité, ce scrutin déterminera l’orientation future de la Francophonie. Entre la candidature de continuité portée par Louise Mushikiwabo et celle du repositionnement défendue par Juliana Lumumba, les États membres devront choisir la vision qu’ils souhaitent donner à l’organisation. Pour la RDC, l’enjeu est historique : faire reconnaître son poids démographique, culturel et politique au sein de la Francophonie et transformer cette influence en leadership institutionnel.

La décision finale dépendra moins des discours que de l’efficacité de la diplomatie déployée dans les prochaines semaines.

Jacques Amboka