Tribune de Thomas Guénolé
Je réponds ici dans le cadre de ma théorie du « Choc des empires au 21e siècle » (Armand Colin, préface d’Hubert Védrine).
L’Iran est le seul État du Moyen-Orient qui combine une population de 90 millions d’habitants, un arsenal de missiles balistiques à portée régionale, un programme nucléaire avancé, et un réseau de forces alliées voire vassales dans plusieurs pays voisins. Cette combinaison en fait le seul acteur capable de contester l’hégémonie israélo-américaine dans la région.
Israël dispose d’un monopole nucléaire au Moyen-Orient. Un Iran doté de capacités nucléaires créerait une dissuasion symétrique, ce qui ferait perdre à Israël son avantage de frappe nucléaire sans risque de représailles. De son côté, l’Empire américain verrait sa crédibilité entamée auprès de ses vassaux et États-clients dans la région.
L’Iran finance, arme et coordonne le Hezbollah au Liban, des factions armées en Irak et en Syrie, les Houthis au Yémen, et soutient le Hamas en Palestine. Tant que ce réseau existe, l’hégémonie régionale israélo-américaine reste contestée et fragilisée.
L’Empire américain veut un Moyen-Orient où aucun État ne puisse fermer le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement vital pour le pétrole, ni menacer ses États-clients pétroliers ou défier sa propre présence militaire. L’Iran est le seul État qui remplit ces trois critères de menace. Le neutraliser revient donc à verrouiller la région.
D’où l’objectif affiché d’un changement de régime. Depuis le renversement du Premier ministre socialiste Mossadegh en 1953 et la perte du vassal qu’était le Shah en 1979, l’Empire américain considère la République islamique comme un problème à résoudre. Les buts de l’offensive actuelle incluent donc explicitement le renversement du régime par la population iranienne sous la pression des bombes.
En outre, l’Iran est le principal soutien étatique de la lutte armée palestinienne. Pour Israël, détruire les capacités iraniennes revient à couper un soutien logistique, financier et militaire majeur, facilitant ainsi son occupation et sa colonisation de la Palestine.
Ces raisons sont interconnectées. Les arguments portant sur les droits humains et les droits des femmes relèvent de la propagande habituelle en temps de guerre américaine : si ces préoccupations étaient sincères, l’Empire américain ne serait pas le protecteur de l’Arabie saoudite, une dictature tristement connue pour sa misogynie et son homophobie.
La rédaction
