À l’ouverture de l’année pastorale 2026-2027, samedi 26 septembre à Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo a appelé les fidèles catholiques à mieux assumer leur identité religieuse. Une mise au point qui intervient dans un contexte congolais marqué par les crises sécuritaire, sociale et environnementale. « Nous ne sommes pas des protestants. Nous n’avons rien contre les protestants, mais nous ne sommes pas des protestants », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous ne sommes pas des kimbanguistes. Nous n’appartenons pas à une Église évangélique. »
L’archevêque de Kinshasa a particulièrement pointé du doigt certaines pratiques des Églises de réveil, estimant qu’une tendance à les imiter gagne progressivement une partie des catholiques. « Nous ne sommes pas membres de ce qu’on appelle les Églises de réveil, qui se distinguent par le bruit », a-t-il martelé. Selon lui, une « certaine mentalité » s’installe dans l’Église catholique, avec des fidèles tentés d’« imiter les pasteurs des sectes ». Il appelle ainsi à former des chrétiens capables de connaître leur foi et d’en rendre compte « avec intelligence, avec douceur, avec courage ».
Cette question de l’identité constituera justement l’un des axes du prochain plan pastoral quinquennal 2027-2032. Celui-ci sera placé sous le thème « Identité chrétienne catholique : dignité et fierté », dans une démarche fondée sur l’écoute, le discernement, la participation et la synodalité. Le cardinal insiste également sur une meilleure organisation interne de l’Église, invitant les prêtres et responsables pastoraux à partager les responsabilités. « La personne qui délègue le pouvoir reste toujours le premier responsable », a-t-il rappelé, en référence à l’épisode biblique de Moïse et Jéthro.
Mais le message d’Ambongo ne s’est pas limité aux questions religieuses. L’environnement occupe une place centrale dans cette nouvelle année pastorale, placée sous le thème « Ensemble pour une gestion évangélique de l’environnement ». Dressant un constat sévère de la situation à Kinshasa, il a lancé : « Jadis appelée avec fierté “Kinshasa la Belle”, notre ville est aujourd’hui devenue une immense poubelle. » Il cite l’accumulation des déchets, les plastiques, la disparition des espaces verts, l’obstruction des caniveaux et les inondations meurtrières.
Pour le cardinal, cette crise environnementale est aussi une question de dignité humaine et de responsabilité collective. « Aimer Dieu, aimer le Créateur, nous engage à respecter sa création », a-t-il souligné. L’Église entend donc mobiliser ses paroisses, écoles, structures sanitaires, associations et œuvres caritatives autour d’actions coordonnées. Ambongo précise toutefois que l’Église « ne se substitue pas à l’État », mais qu’elle ne peut rester indifférente lorsque « la dignité humaine, la santé des populations et la sauvegarde de la création sont menacées ».
Ces prises de position résonnent dans une RDC confrontée à une situation sécuritaire toujours préoccupante dans l’Est, à la pauvreté, aux déplacements de populations et aux fortes inégalités sociales. Le cardinal avait déjà dénoncé les conséquences humaines de ces crises, estimant que la RDC fait face à une « crise d’humanité » et à une perte de repères autour de la dignité de la personne. Il avait également appelé au dialogue, à la paix, à la cohésion nationale et à une réponse aux causes profondes des conflits.
Avec cette nouvelle année pastorale, l’Église catholique de Kinshasa entend donc conjuguer renforcement de l’identité chrétienne, responsabilité citoyenne, protection de l’environnement et engagement au service du bien commun. De la foi aux réalités quotidiennes des Kinois, le cardinal Ambongo place ainsi son Église face à plusieurs défis d’une société congolaise profondément éprouvée, tout en préparant le prochain quinquennat pastoral qui débutera en 2027.
Jacques Amboka Mokoko
