Le projet de loi de finances 2027 marque une nouvelle progression des ambitions budgétaires de la République démocratique du Congo. Adopté par le gouvernement à 57 500 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars, le texte a été déposé à l’Assemblée nationale le 15 septembre. À noter qu’au moment du dépôt, certaines sources officielles ont communiqué un montant de 56 929 milliards de FC, pour la même enveloppe de 24,8 milliards USD. Le Parlement devra désormais examiner et éventuellement ajuster ces prévisions.
Cette trajectoire traduit une forte progression du budget congolais en quelques années. La loi de finances initiale 2024 était arrêtée à 40 986 milliards de FC, avant d’être portée à 44 410 milliards dans le collectif budgétaire. Pour 2025, le budget voté s’est établi à 49 846,8 milliards de FC, puis à 54 335,7 milliards de FC pour 2026, soit environ 22 milliards de dollars. Le projet 2027 porterait donc l’enveloppe à près de 57 500 milliards de FC, confirmant une hausse continue des montants budgétaires.
Exercice Budget de référence
2024: 40 986 milliards FC
2025: 49 846,8 milliards FC
2026 : 54 335,7 milliards FC
2027 57 500 milliards FC*m
Projet adopté par le gouvernement
Au-delà de cette progression, le principal enjeu sera la capacité de l’État à transformer ces prévisions en recettes effectivement encaissées. Le gouvernement annonce notamment des recettes courantes projetées à environ 17,5 milliards de dollars et une pression fiscale de 12,8 %. Les recettes extérieures devraient également contribuer au financement, à hauteur d’environ 4 milliards de dollars, dont des appuis budgétaires et des financements provenant de partenaires bilatéraux et multilatéraux.
Pour réussir ce pari, l’État devra notamment améliorer le rendement de la DGI, de la DGDA et de la DGRAD, élargir l’assiette fiscale, réduire les exonérations injustifiées, renforcer la lutte contre la fraude et la contrebande, et mieux contrôler les recettes issues du secteur minier. La digitalisation de la collecte, la traçabilité des opérations économiques et l’intégration des activités informelles dans le système fiscal peuvent également contribuer à accroître les recettes sans dépendre exclusivement de nouveaux impôts. Cette question est d’autant plus importante que les résultats d’exécution montrent qu’un budget élevé ne garantit pas automatiquement un niveau équivalent de recettes réalisées : la reddition des comptes 2025 fait état d’un taux de réalisation des recettes de 80,01 %.
Les dépenses annoncées devront, elles aussi, être maîtrisées. Le gouvernement entend orienter davantage les ressources vers la sécurité et la défense, les infrastructures, les investissements publics, les secteurs sociaux, la diversification de l’économie et la reconstruction des zones affectées par les conflits. Le défi sera donc double : mobiliser davantage de ressources tout en garantissant que chaque franc dépensé produise un impact économique ou social mesurable. Le gouvernement met d’ailleurs en avant la discipline budgétaire, l’efficacité de la dépense, ainsi que la maîtrise du déficit et de l’endettement.
Dans ce contexte, le passage du projet devant le Parlement sera particulièrement suivi. Le Sénat doit également arrêter son calendrier d’examen, alors que la session de septembre se déroule dans un contexte marqué par la situation sécuritaire dans l’Est et les discussions politiques nationales. Le budget 2027 ne se résume donc pas à une enveloppe de près de 25 milliards de dollars : sa crédibilité dépendra surtout de la capacité de l’État à mobiliser les recettes annoncées, à limiter les pertes et à convertir les crédits budgétaires en réalisations concrètes.
La Rédaction
