Dans un État qui se réclame démocratique, moderne et laïc, et qui promeut des principes progressistes tels que la « masculinité positive », comment comprendre que l’opinion publique consacre du temps et de l’énergie à juger la vie privée d’une femme d’État, au point d’en faire un sujet de débat national?
La grossesse, qu’elle soit issue d’une union officiellement reconnue ou non, relève de la vie intime. Le statut de Ministre d’État implique certes une certaine transparence, mais il n’abolit pas le droit à l’intimité. Ni les médias ni l’opinion n’ont la légitimité de scruter l’identité du partenaire, les modalités de conception ou toute autre dimension relevant de la sphère personnelle, tant que cela n’entrave pas l’exercice des responsabilités publiques.
L’acharnement observé récemment contre Madame Thérèse W. Kayikwamba, citée ici parce qu’elle est visée directement, est révélateur d’un malaise profond: il s’agit d’un sexisme encore tenace. Comme si la maternité était un handicap politique. Comme si une femme ne pouvait servir la République en portant la vie.
Pourtant, lorsque des ministres hommes deviennent pères, souvent dans plusieurs foyers, l’opinion observe un silence presque religieux. Aucun débat. Aucune indignation publique. Aucun appel à la démission. Cette différence de traitement en dit long. Elle contredit frontalement les valeurs d’égalité et de respect promues par la démocratie congolaise et, précisément, par le principe de « masculinité positive » porté par le Chef de l’État.
La masculinité positive vise à rééquilibrer les rapports sociaux entre hommes et femmes, à combattre les comportements patriarcaux toxiques et à promouvoir le respect mutuel. S’acharner sur une femme enceinte en position d’autorité, c’est tourner le dos à ces valeurs.
Une diversion qui détourne des vrais enjeux
Cette polémique n’apporte rien au débat public. Elle détourne l’attention des sujets essentiels: les performances diplomatiques de la Ministre d’État, la gestion du portefeuille des Affaires étrangères, les négociations internationales en cours, les accords stratégiques décidés dans l’intérêt supérieur du pays.
Il y a peu, l’opinion nationale et internationale saluait encore les victoires diplomatiques, la rigueur et le charisme de cette même Ministre. Certains États, vexés par sa maîtrise des dossiers, n’ont d’ailleurs pas caché leur malaise. Incapables de l’attaquer sur le terrain professionnel, ils se rabattent sur le privé. La lâcheté a souvent cette forme-là.
Quand les réseaux sociaux deviennent les porte-voix de la bêtise
Notre démocratie, encore jeune, a besoin d’un débat public fondé sur la responsabilité plutôt que sur la rumeur. Or, certains usent de leur accès aux réseaux sociaux non pour éclairer, mais pour diviser, humilier, distraire. Ils parlent beaucoup, de tout, sur tout, même du sexe des anges, mais sans jamais contribuer à l’élévation intellectuelle du pays. C’est le règne des « nyonsologues ».
Umberto Eco l’avait dit avec justesse :
« Les réseaux sociaux ont donné la parole à des légions d’imbéciles qui, auparavant, parlaient seulement au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. »
Nous y sommes.
Quand on attaque une femme enceinte, c’est toute la Nation qu’on blesse
Insulter une mère en devenir n’est pas un acte banal. Derrière cette femme, il y a nos mères, nos sœurs, nos filles. Pourquoi ce qui est toléré, voire célébré, chez les hommes serait-il condamné chez une femme? La RDC veut-elle être une démocratie moderne ou une société phallocratique?
Il est temps de parler des vrais enjeux. Pas du commérage. Pas du voyeurisme politique. Pas de la moralisation unilatérale qui ne s’applique qu’aux femmes.
En conclusion
À Madame la Ministre d’État Thérèse W. Kayikwamba, félicitations. Prenez soin de vous. Votre enfant naîtra en sachant que sa mère s’est tenue droite, digne, et forte dans la tempête.
Le pays n’a pas besoin de charlatans du dimanche.
Il a besoin de femmes et d’hommes qui construisent.
Olivier Kaforo
Journaliste
