La mission du Panel des facilitateurs de l’Union africaine s’est achevée le samedi 10 octobre 2026 à Kinshasa, avec une audience accordée par le président Félix Tshisekedi. Après deux jours de consultations sur les efforts de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs, les facilitateurs doivent contribuer à rapprocher les positions des acteurs concernés. Mais au-delà des rencontres diplomatiques, la question essentielle demeure : quelles avancées concrètes cette mission peut-elle produire pour les populations affectées par le conflit ?

Sur le terrain, la crise sécuritaire dans l’Est reste marquée par les affrontements, les déplacements de populations et les difficultés d’accès humanitaire dans plusieurs zones. La persistance de l’insécurité, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, montre le décalage entre les initiatives diplomatiques et la réalité vécue par les habitants. Pour ces derniers, le retour de la paix se mesure avant tout à la sécurité, au retour des déplacés et à la reprise des activités économiques.

Les raisons de cette lenteur sont multiples : méfiance entre les parties, divergences politiques et sécuritaires, poursuite des combats et application insuffisante des engagements. Selon une évaluation publiée en septembre 2026 par le Baromètre des Accords de paix en Afrique, seulement 18,6 % des engagements du processus de Doha avaient été mis en œuvre après treize mois. Ce bilan illustre le fossé entre les accords signés et leur traduction sur le terrain.

Le processus de Washington, conduit sous l’impulsion des États-Unis, vise principalement à régler les tensions entre Kinshasa et Kigali, notamment autour de la souveraineté congolaise, du retrait des forces rwandaises et des questions de sécurité régionale. Celui de Doha, sous médiation qatarienne, concerne directement les négociations entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. Ces deux démarches sont complémentaires, mais leur efficacité dépend de la coordination entre les parties et du respect effectif des engagements pris.

Dans ce dispositif, le Panel de facilitateurs de l’Union africaine peut jouer un rôle important de rapprochement politique et de coordination diplomatique. Composé notamment d’Uhuru Kenyatta, de Catherine Samba-Panza, de Sahle-Work Zewde et de Mokgweetsi Masisi, il dispose d’une expérience politique susceptible de favoriser le dialogue.

Toutefois, il ne possède pas, à lui seul, les moyens coercitifs nécessaires pour imposer un cessez-le-feu ou contraindre les belligérants à appliquer les accords. Son influence dépendra de sa capacité à obtenir des engagements précis et vérifiables.

Enfin, le dialogue inclusif qui se dessine en RDC pourrait compléter les processus de Washington et de Doha en associant les forces politiques, la société civile et les communautés affectées à la recherche d’une solution durable. Il ne saurait cependant remplacer les négociations sécuritaires avec les acteurs armés ni les discussions régionales avec le Rwanda. Le véritable enjeu sera d’articuler ces différentes initiatives autour d’objectifs communs : faire taire les armes, protéger les civils, permettre le retour des déplacés et restaurer l’autorité de l’État. Sans mécanisme de suivi rigoureux ni participation réelle des populations concernées, la multiplication des initiatives diplomatiques risque de produire davantage de déclarations que de résultats.

 

Jacques Amboka