La République du Congo a dévoilé jeudi 02 octobre 2025, à Brazzaville, le rapport d’évaluation de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN 2.0). Quatre ans après son adoption, le constat est nuancé : quelques avancées notables dans la forêt et la santé, mais un retard préoccupant dans la plupart des secteurs stratégiques, aggravé par un déficit de financement massif.
Adoptée en 2021, la CDN 2.0 fixait des objectifs clairs : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 17 % grâce aux moyens propres du pays, et jusqu’à 40 % avec l’appui de partenaires financiers. Mais l’évaluation présentée à Brazzaville souligne une réalité plus complexe : la trajectoire actuelle reste loin des ambitions initiales.

Des progrès, mais concentrés dans un seul secteur
Sur le volet atténuation, seuls 14 projets ont réellement été mis en œuvre depuis 2021. La quasi-totalité d’entre eux concerne le secteur forestier, confirmant le rôle central de ce poumon vert dans la stratégie congolaise. L’interdiction progressive du torchage dans les hydrocarbures est également saluée comme un pas en avant.
Mais au-delà, les signaux sont préoccupants : dans l’énergie, les transports, l’urbanisme ou encore les procédés industriels, les retards s’accumulent. « Ces secteurs stratégiques sont loin de la trajectoire requise pour respecter nos engagements climatiques », a reconnu sans détour la ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, Arlette Soudan-Nonault.
Une adaptation encore trop fragile
Pour un pays particulièrement vulnérable au dérèglement climatique, l’adaptation devrait être un pilier. Le rapport met toutefois en évidence des efforts fragmentés : quelques avancées dans la santé et la gestion de l’eau, mais presque rien dans l’habitat ou la réduction des risques de catastrophes. L’absence de données fiables complique encore davantage la planification et la préparation aux chocs climatiques.
Le nerf de la guerre : le financement
Le déficit financier constitue le point noir du rapport. Sur les 9,6 milliards de dollars nécessaires pour mettre en œuvre la CDN 2.0, à peine 919 millions ont été mobilisés, soit 11 %. Les secteurs les plus touchés par ce manque de ressources sont précisément ceux jugés prioritaires : l’énergie et les transports. Sans financements supplémentaires, les ambitions climatiques du Congo resteront largement théoriques.
Vers une CDN 3.0 « réaliste »
Pour Arlette Soudan-Nonault, l’heure n’est pas à la résignation mais au réajustement :
« Nous ne devons pas considérer ces constats comme des échecs, mais comme des opportunités. La CDN 3.0 doit être ambitieuse, mais réaliste, adaptée à nos moyens techniques, opérationnels et financiers. Elle doit s’appuyer sur une gouvernance climatique solide et inclusive »
L’atelier de Brazzaville, qui se tient du 2 au 3 octobre, a pour but de valider les propositions d’ajustement et de poser les bases d’une stratégie plus efficace. Le défi est immense : faire de la lutte contre le changement climatique une réalité concrète, dans un pays où une grande partie de la population vit encore sous le seuil de pauvreté et subit déjà les impacts directs du dérèglement climatique.
La rédaction
