Une saisie spectaculaire de près de 1,9 million de dollars américains en espèces à l’aéroport international de N’djili ravive les inquiétudes autour de la gouvernance financière en République démocratique du Congo.
Réagissant le lundi 23 mars 2026, le président du Conseil d’administration de l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP), Florimond Muteba, a livré une analyse sévère de la situation, dénonçant une dérive profonde des élites politiques congolaises.
«Nous avons l’impression d’être dans un pays où les élites se comportent comme des mafieux, du niveau local jusqu’au sommet de l’État», a-t-il déclaré.
Une somme aux origines suspectes
Selon des informations préliminaires, les fonds saisis seraient liés à un membre de l’Union sacrée. Pour illustrer l’ampleur du montant, Florimond Muteba s’appuie sur une estimation des revenus d’un député national.
Avec un revenu mensuel moyen estimé à 20 000 dollars et une capacité d’épargne de 10 000 dollars, il faudrait environ vingt ans pour constituer une telle somme.
«Accumuler 1,9 million de dollars en liquide nécessiterait près de deux décennies d’épargne», souligne-t-il, mettant en doute l’origine licite de ces fonds.
Il appelle à l’ouverture rapide d’une enquête judiciaire afin d’en établir la provenance, estimant que cette affaire pourrait illustrer un système de prédation des ressources publiques.
Un précédent jugé préoccupant
L’économiste compare cette situation aux régimes antérieurs, notamment ceux de Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.
«Même aux périodes les plus critiquées de notre histoire récente, nous n’avons pas connu de telles situations», affirme-t-il, évoquant un niveau inédit de dérives.
Florimond Muteba rappelle également que la RDC figure régulièrement parmi les pays les plus touchés par la corruption, selon les classements de Transparency International, tout en restant l’un des pays les plus pauvres, d’après plusieurs rapports des Nations unies.
Silence judiciaire et inquiétudes croissantes
L’absence de réaction des autorités judiciaires suscite de vives interrogations.
«Où est le ministre de la Justice ?», s’interroge-t-il, dénonçant des dossiers qui «se banalisent faute de suites judiciaires».
Selon lui, cette inertie institutionnelle contribue à fragiliser davantage l’État de droit. Interrogé sur un éventuel lien entre la lutte contre la corruption et une révision constitutionnelle, Florimond Muteba écarte cette option.
«La Constitution ne résoudra rien. C’est une diversion», tranche-t-il.
Il estime que ces débats détournent l’attention des priorités urgentes, notamment la transparence et la traçabilité des finances publiques. Au-delà de cette affaire, l’économiste met en lumière une problématique structurelle : la circulation massive de liquidités en dehors des circuits formels, particulièrement à Kinshasa. Une réalité qui, selon lui, révèle les failles profondes du système financier et du cadre institutionnel congolais.
Don de Dieu Mbavu
