Excellence Monsieur le Président de la Fédération de Russie,

Excellence Monsieur le Président en exercice de l’Union africaine,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,

Chers collègues,

Je remercie le Président Vladimir Poutine pour son invitation, et le peuple russe pour son hospitalité et la qualité de l’organisation de ce Sommet.

Ce troisième Sommet Russie–Afrique doit donner une traduction concrète à notre volonté de coopération. Nos peuples attendent de ce partenariat qu’il contribue à leur sécurité, à la création d’emplois et à une meilleure prise en compte de leurs aspirations dans les décisions internationales.

La République Démocratique du Congo aborde ces échanges avec ouverture et en pleine indépendance de jugement. Pour nous, diversifier nos partenariats n’est pas choisir un camp : c’est renforcer notre liberté de décision au service de nos populations.

Nous souhaitons que l’évolution vers un monde multipolaire permette à chaque État, quelle que soit sa puissance, d’exercer effectivement sa souveraineté. Cela exige le respect de la Charte des Nations Unies, de l’intégrité territoriale et du règlement pacifique des différends.

Excellences,

Pour le peuple congolais, cette exigence n’a rien d’abstrait.

Dans l’Est de notre pays, les souffrances des populations en témoignent chaque jour : les ressources exploitées illicitement financent la guerre, et la guerre interdit le développement. Notre choix est celui d’une paix durable, qui garantisse la sécurité de nos concitoyens et rétablisse l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

Nous poursuivons cet objectif par la voie diplomatique, à travers les processus de Washington et de Doha, en articulation avec la médiation de l’Union africaine. Je salue l’engagement des médiateurs et facilitateurs africains, des États-Unis d’Amérique et du Qatar. Les avancées enregistrées ces derniers mois ne vaudront que par leur mise en œuvre effective et vérifiable sur le terrain.

Les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité fixent des exigences claires : la cessation des hostilités ; le retrait du M23 des zones qu’il occupe, quelle que soit l’appellation qu’il se donne ; la fin du soutien des Forces de défense rwandaises à ce mouvement et leur retrait du territoire congolais ; la fin de tout appui aux groupes armés ; la mise en œuvre des engagements relatifs à la neutralisation des FDLR.

La République Démocratique du Congo assume les obligations qui lui incombent. Elle attend la même rigueur de toutes les parties.

Ces résolutions ont été adoptées à l’unanimité : elles portent aussi la voix de la Fédération de Russie. J’appelle donc la Russie, en sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, à soutenir pleinement leur application et les efforts de médiation.

La protection des civils, l’accès humanitaire et le retour volontaire, sûr et digne des déplacés et des réfugiés doivent guider notre action commune.

Une région des Grands Lacs pacifiée deviendra un espace de coopération économique respectueux de la souveraineté de chacun et profitable à tous.

Chers collègues,

Cette perspective rejoint l’ambition économique que nous devons donner au partenariat Russie–Afrique.

Pour la République Démocratique du Congo, les priorités sont concrètes : l’accès à l’énergie, en valorisant notre potentiel hydroélectrique et en explorant le nucléaire civil ; les infrastructures qui relient nos territoires ; la transformation locale de nos minerais ; la sécurité alimentaire, par l’agriculture et l’accès aux engrais.

Nous voulons des projets économiquement viables, qui favorisent le transfert de technologies, la formation et la participation de nos entreprises.

Je propose que nos ministres retiennent, pour chacun de nos pays, un nombre limité de projets prioritaires, assortis de financements identifiés, de calendriers réalistes et d’un suivi régulier, avec un premier bilan lors de la prochaine conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie–Afrique.C’est à leurs effets sur la vie quotidienne de nos populations que se mesurera la réussite de notre partenariat.

Excellences,

Membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2026–2027, la République Démocratique du Congo exerce cette responsabilité avec indépendance, dans la recherche constante de solutions équilibrées.

En Ukraine comme au Moyen-Orient, nous plaidons pour que les voies du dialogue et de la diplomatie demeurent ouvertes, même lorsque les positions paraissent irréconciliables, et pour que la protection des civils reste une priorité. Ces conflits ne sont pas lointains pour nos peuples : ils se lisent dans le prix des denrées, des engrais et de l’énergie.

L’Afrique doit peser sur les décisions qui engagent son avenir. La réforme du Conseil de sécurité doit corriger l’injustice historique faite à notre continent, conformément à la position africaine commune portée par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Elle doit aussi mieux articuler l’action des Nations Unies avec les mécanismes africains de prévention et de règlement des conflits. Nous souhaitons poursuivre avec la Fédération de Russie un dialogue qui produise des avancées concrètes sur cette question.

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Davantage de sécurité, une capacité accrue à produire, une voix africaine mieux entendue : c’est à l’aune de ces trois résultats que nos peuples jugeront notre rencontre.

La République Démocratique du Congo est prête à approfondir sa coopération avec la Fédération de Russie, dans le respect mutuel, la réciprocité et l’exigence de résultats. C’est sur ces résultats que nous bâtirons la confiance.

Je vous remercie.

Rédaction