Le Coordonnateur national de la Société civile patriotique du Congo, Joseph-Gode Kayembe, interpelle la hiérarchie, les cadres et les militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) sur la gestion du pouvoir et l’avenir du parti présidentiel.
Dans une lettre ouverte intitulée « De l’héritage des fondateurs au devoir de refonder la République », il appelle les dirigeants de l’UDPS à une prise de conscience face aux enjeux politiques de l’heure et aux attentes d’une population qui avait placé beaucoup d’espoir dans ce parti.
Joseph-Gode Kayembe estime que certaines pratiques observées au sein de l’UDPS ne reflètent pas les sacrifices consentis par ses fondateurs.
« Il arrive dans la vie d’un parti politique un moment où la fidélité à son histoire impose de regarder la réalité en face », rappelle-t-il dans cette correspondance.
À deux ans de la fin du deuxième mandat de Félix Tshisekedi, issu de l’UDPS, le responsable de la Société civile patriotique invite la direction du parti à s’interroger sur l’utilisation du pouvoir conquis après plusieurs décennies de lutte politique.
« Qu’est-ce que l’UDPS fait de ce pouvoir pour changer la mentalité du Congolais afin de transformer durablement la République démocratique du Congo ? », s’interroge-t-il.
Il dénonce notamment ce qu’il considère comme des défaillances dans la gestion du parti et l’absence d’une stratégie claire pour consolider ses acquis politiques. Pour lui, l’UDPS doit désormais « transformer un parti de combat en parti de gouvernement ».
Joseph-Gode Kayembe regrette également les querelles et les luttes de positionnement entre cadres du parti. Selon lui, l’UDPS devrait plutôt renforcer ses structures à la base, former ses militants, identifier les futurs dirigeants, préparer les prochaines échéances électorales, développer une doctrine politique et économique et construire progressivement une majorité parlementaire durable.
Dans sa lettre, il soulève également la question de la sélection des cadres. Il estime que celle-ci devrait reposer sur des critères objectifs et non sur des considérations personnelles ou des rapports de proximité.
« Un parti qui veut transformer l’État doit être capable d’identifier les femmes et les hommes d’État capables d’en assurer la transformation », écrit-il.
Parmi les critères qu’il propose figurent notamment le patriotisme, la loyauté aux valeurs du parti, l’intégrité morale, la compétence professionnelle, l’expérience, la connaissance des réalités nationales, la capacité de rendre compte, le respect du bien d’intérêt public et l’attachement aux valeurs républicaines.
Pour Joseph-Gode Kayembe, cette démarche permettrait de mieux répondre aux attentes de la population et de rester fidèle à l’idéologie des fondateurs de l’UDPS. Il appelle ainsi le parti à éviter les débats centrés sur les individus et à se concentrer sur la préparation des prochaines élections, afin de faire de l’UDPS un parti national moderne et structuré.
Il estime également que la fonction publique devrait être considérée comme un service à la nation et non comme un moyen d’enrichissement personnel.
En définitive, le Coordonnateur national de la Société civile patriotique rappelle que l’UDPS porte une histoire, une mémoire et une espérance populaire. Désormais au cœur du pouvoir, le parti, estime-t-il, porte une responsabilité particulière devant l’histoire.
Selon lui, l’UDPS doit choisir entre rester un parti ayant simplement conquis le pouvoir ou devenir une formation politique ayant contribué à transformer durablement la République démocratique du Congo.
Joseph-Gode Kayembe déplore enfin ce qu’il qualifie d’isolement du chef de l’État dans le combat pour la reconquête du territoire national, ainsi que l’incapacité de son parti à lui fournir suffisamment de femmes et d’hommes d’État. Il regrette également l’absence, selon lui, d’une vision à long terme permettant de préparer la conservation du pouvoir.
Faustin Kalenga
