Il était une fois une génération nourrie aux mamelles du parti d’État, frappée par la force de conviction de leurs aînés qui luttaient pour l’avènement d’un État de droit. Le 24 avril 1990, nous étions jeunes et pleins de rêves, avec une forte aspiration à la liberté, notamment celle de penser et de parler librement. Nous avions vécu sous une chape de plomb, où les jeunesses de la JMPR, véritable police politique, nous menaient au son des djalelos. C’est pourquoi ce jour-là, le 24 avril 1990, fut pour nous un grand jour, une possibilité d’un monde nouveau, un monde d’égalité des droits, où le système des quotas allait laisser place à la méritocratie.
Trente-cinq ans plus tard, notre pays est toujours mal classé dans le monde, et nos populations vivent au bord de la pauvreté, se voyant attribuer un terme pour supporter les échecs successifs de gouvernances prédatrices. On parle désormais de peuple résilient pour justifier l’impasse des politiques publiques. Pourtant, nous sommes de ceux qui ont fait l’université ; beaucoup d’entre nous ont accédé à des postes de responsabilité. Les plus brillants ont connu des carrières prestigieuses.
Cependant, force est de constater que la seule lutte menée a été celle de l’enrichissement personnel, chacun utilisant sa position pour accumuler des richesses dans un pays de plus en plus pauvre. Les idéaux de paix et les rêves de jeunesse n’ont pas résisté à la cupidité d’une génération prête à tout pour sortir du lot de la crise générale.
La nature nous a pourtant offert des opportunités en révélant des niches de richesses immenses. Nous nous sommes engagés dans une spirale de violence verbale pour nous doter des moyens de l’État. Ceux qui ne pouvaient s’insérer dans le système sont partis à l’étranger, coupant le pont avec le leadership national, se plaignant des gouvernants au point de créer une culture du Congo Bashing.
Aujourd’hui, nous avons tous plus de cinquante ans ; notre flamme s’est éteinte, ne laissant que nostalgie et mélancolie, avec un arrière-goût d’inachevé. Le combat pour la survie a certes conduit la plupart d’entre nous à se mettre à l’abri du besoin. Nos enfants ont eu la chance d’étudier, certains ici, d’autres à l’étranger. Nous pourrions être calmes, et pourtant, le malaise est là, et il s’appelle la patrie. Nous avons trahi la patrie en ne nous concentrant que sur notre propre intérêt.
En suivant le concert de solidarité à Paris, j’ai compris la vengeance de l’histoire sur notre génération. Des enfants nés parfois en Europe, n’ayant du Congo que l’image édulcorée de leurs parents aigris, se sont mobilisés pour dire non à ce qui arrive à leur pays, cet eldorado trahi par ses fils. Nous sommes face à une nouvelle génération qui nous rappelle que le sort collectif doit passer avant le sort individuel. Ils se sont mobilisés pour défendre le drapeau. Aujourd’hui, cette nouvelle génération d’artistes et de sportifs accepte de revenir pour soutenir l’équipe nationale, portée par la conscience historique que nous, leurs parents, avons trahie.
En ce 24 avril 2025, alors que le souvenir du maréchal s’estompe dans les limbes de l’oubli, une nouvelle espérance m’habite : celle de voir nos enfants reprendre le flambeau de l’histoire du Congo avec courage, altruisme et patriotisme.
William Albert Kalengay
