Le témoignage du pasteur Baruti, de l’Église Tabernacle, fait depuis quelques jours réagir après le crash aérien qui a endeuillé la République démocratique du Congo.
L’homme de Dieu affirme avoir lui-même emprunté l’appareil quelques jours avant le drame de Kenge, alors qu’il se rendait à Nyoki dans le cadre d’une mission évangélique.
Dans une prédication, il raconte avoir ressenti, durant le vol, ce qu’il décrit comme « la présence de l’esprit de mort » à bord de l’avion.
Un témoignage particulièrement troublant au regard de la tragédie qui s’est produite quelques jours plus tard.
Selon le récit du pasteur, son voyage avait déjà été marqué par un incident technique. Avant le decollage a Kinshasa, avion aurait connu une panne et aurait dû être réparé avant de pouvoir reprendre les airs. Il raconte également que l’un de ses collaborateurs lui aurait demandé de descendre de l’appareil.
« J’ai senti la présence de l’esprit de mort à bord de cet avion. Un de mes collaborateurs m’a dit : “Pasteur, descendons.” Je lui ai dit : “Prions et nous y arriverons” », rapporte-t-il dans son témoignage. Il faut noter que cette déclaration relève de son interprétation personnelle et ne constitue pas, à elle seule, un élément établissant la cause d’un problème aéronautique.
Le récit prend une dimension encore plus particulière lorsque le pasteur revient sur le trajet effectué . À Nyoki, l’avion avait connu encore une panne qui a ete été réparée avant de redecoller pour via Kikwit. C’est précisément sur cette liaison Kikwit-Kinshasa que cet appareil de la compagnie Tracep Congo Aviation s’est écrasé le 25 septembre à Kenge, dans la province du Kwango. Les autorités ont indiqué que l’avion avait rencontré des difficultés en vol et que le pilote avait tenté de trouver un endroit où effectuer un atterrissage d’urgence. Le crash a finalement fait 17 morts.
Parmi les victimes figuraient deux figures majeures de la justice militaire congolaise : le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi Tiende, Premier président de la Haute Cour militaire, et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, Auditeur général des Forces armées de la RDC. Ils revenaient de Kikwit où ils avaient effectué une mission officielle. Douze autres membres de la délégation ainsi que les membres de l’équipage ont également péri dans l’accident.
Le témoignage du pasteur remet ainsi au centre du débat une question essentielle : dans quel état se trouvait réellement l’appareil avant le crash ? Son affirmation selon laquelle l’avion avait connu une panne à Nyoki mérite évidemment d’être distinguée des conclusions techniques qui devront être établies par les enquêteurs. Pour l’heure, il serait prématuré de conclure que cette panne est directement liée au crash de Kenge. Les investigations ouvertes par les autorités doivent précisément permettre de déterminer les circonstances, les éventuelles défaillances techniques et les autres facteurs ayant conduit à l’accident.
Au-delà de la dimension spirituelle donnée par le pasteur Baruti à son récit, son témoignage apporte donc un élément qui pourrait intéresser les enquêteurs : celui d’un passager ayant utilisé le même appareil avant la catastrophe et affirmant avoir constaté un incident technique. Mais seul le travail des enquêteurs, l’examen de l’aéronef, des documents de maintenance, des données de vol et de tout élément technique disponible pourra établir si une défaillance avait effectivement affecté l’appareil et si elle a joué un rôle dans le crash.
Le drame de Kenge soulève en effet des interrogations qui dépassent les seules circonstances du vol. Il pose aussi la question de la sécurité du transport aérien en RDC, de la maintenance des appareils, du contrôle technique et du respect des normes de sécurité. Après l’accident, les autorités ont engagé des procédures d’enquête afin d’établir les responsabilités et les causes précises du drame. Le ministère de la Justice a notamment ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire.
Quelques jours après cette tragédie, le témoignage du pasteur Baruti apparaît donc comme un récit à la fois spirituel et factuel, mais qui doit être replacé dans son juste contexte. Son sentiment de danger et son interprétation religieuse appartiennent à sa foi ; les éventuelles défaillances de l’avion, elles, devront être établies par des éléments techniques et judiciaires. Une chose demeure certaine : le 25 septembre, le vol Kikwit-Kinshasa n’est jamais arrivé à destination et 17 vies ont été perdues à Kenge. La vérité complète sur ce qui s’est passé dans les dernières minutes du vol reste désormais entre les mains des enquêteurs.
La Rédaction
