Les Églises africaines occupent une place importante dans la vie de nombreux migrants originaires d’Afrique subsaharienne installés en Australie. À Sydney, Melbourne et Perth.
Elles constituent des espaces de prière, de solidarité et de transmission culturelle.
Une étude menée par Western Sydney University entre 2020 et 2023 montre que ces communautés religieuses jouent un rôle significatif dans l’installation des nouveaux arrivants et dans la création de réseaux sociaux.
Parmi les courants les plus présents figurent les Églises pentecôtistes et évangéliques fondées par des Africains, mais aussi les communautés catholiques, anglicanes et d’autres Églises protestantes. Certaines sont organisées autour d’une nationalité ou d’une langue, tandis que d’autres accueillent des fidèles de plusieurs pays.
Les communautés nigérianes, ghanéennes, sud-soudanaises et d’autres diasporas africaines contribuent à cette diversité religieuse. Il n’existe toutefois pas de classement national fiable permettant d’identifier une Église africaine comme la plus fréquentée du pays.
La fréquentation de ces Églises répond à des besoins qui dépassent la pratique religieuse. Pour de nombreux migrants, retrouver des chants, des prières, des langues et des habitudes familières permet de conserver un lien avec leur pays d’origine. Les cultes du dimanche, les réunions de prière, les activités pour les jeunes et les célébrations communautaires deviennent des rendez-vous réguliers qui contribuent à réduire l’isolement, particulièrement durant les premières années d’installation.
L’un des apports majeurs de ces communautés concerne l’accueil et l’accompagnement des nouveaux arrivants. Certaines Églises orientent les migrants vers des services sociaux, les aident à comprendre les démarches administratives, facilitent l’apprentissage de l’anglais et mettent les familles en relation avec des personnes déjà installées. Selon les chercheurs de Western Sydney University, elles complètent parfois les dispositifs publics d’aide à l’installation, notamment pour les réfugiés et les personnes confrontées à des difficultés matérielles.
Ces institutions contribuent également à la solidarité économique. Des membres peuvent apporter une aide ponctuelle aux familles en difficulté, accompagner les personnes à la recherche d’un emploi ou partager des informations sur les formations et les possibilités professionnelles.
Dans certaines communautés, les responsables religieux jouent aussi un rôle de médiation familiale et d’accompagnement des jeunes. Toutefois, l’ampleur de ces actions varie d’une Église à l’autre et dépend des ressources disponibles, du nombre de fidèles et de l’organisation locale.
L’intégration ne passe cependant pas uniquement par les Églises africaines. Certaines personnes fréquentent aussi des communautés chrétiennes multiculturelles, comme Hillsong, une grande Église pentecôtiste australienne présente dans plusieurs villes. Des recherches indiquent que ces espaces peuvent favoriser les rencontres avec des Australiens et d’autres migrants, élargir les réseaux professionnels et créer des opportunités de collaboration. Pour certains fidèles, le parcours religieux devient ainsi un moyen de conserver leurs repères culturels tout en développant de nouvelles relations dans la société d’accueil.
Quel regard les Australiens portent-ils sur ces Églises ? Il n’existe pas d’opinion uniforme. Certaines communautés sont reconnues pour leur contribution à l’accueil des réfugiés, à la solidarité et à la vie associative. Des médias australiens, dont ABC, ont mis en lumière leur rôle dans l’accompagnement des migrants africains. Néanmoins, les perceptions varient selon les expériences individuelles, les contextes locaux et la connaissance de ces communautés. Le recensement australien de 2021 montre par ailleurs une société religieusement diverse : 43,9 % de la population se déclarait chrétienne, tandis que 38,9 % indiquait n’avoir aucune religion.
Ces Églises doivent néanmoins relever plusieurs défis : financement des activités, formation des responsables, protection des personnes vulnérables, accompagnement des jeunes et prévention des abus de confiance. La question de l’équilibre entre le maintien des traditions africaines et l’ouverture à la société australienne se pose également. L’enjeu consiste à préserver la cohésion communautaire sans enfermer les fidèles dans des réseaux exclusivement communautaires, et à faire des lieux de culte des espaces qui favorisent aussi le dialogue interculturel.
Au final, les Églises africaines constituent bien davantage que des lieux de prière : elles peuvent servir de réseaux d’entraide, de transmission culturelle et d’intégration sociale. Leur contribution dépend toutefois de leurs pratiques concrètes et de leur capacité à collaborer avec les institutions locales.
Pour les diasporas africaines, leur défi est double : préserver les liens avec le continent d’origine tout en participant pleinement à la vie australienne. C’est dans cette articulation entre identité, solidarité et ouverture que réside une grande partie de leur importance.
Claude Jovial Wendy
