Parmi les Africains qui ont réussi à s’imposer en Australie, le parcours de Deng Thiak Adut, avocat d’origine sud-soudanaise, constitue un exemple remarquable d’intégration par l’éducation et le travail.
Ancien enfant soldat devenu juriste, il a transformé une enfance marquée par la guerre en une carrière professionnelle reconnue. Son histoire est notamment mise en avant par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et les institutions australiennes.
Deng Adut est né en 1983 dans l’actuel Soudan du Sud. Alors qu’il n’a que six ans, il est enrôlé de force dans l’armée de libération du peuple soudanais, dans le contexte de la guerre civile. Privé d’une enfance normale, il apprend à manier les armes et est envoyé au combat. Blessé par balle, il échappe finalement à cette existence grâce à l’aide de son frère, qui l’aide à fuir. Son parcours illustre les conséquences humaines des conflits qui poussent des enfants à prendre les armes.
Après avoir traversé le Kenya et vécu dans des camps de réfugiés, Deng Adut arrive en Australie en 1998, à l’adolescence, avec son frère. Il doit alors s’adapter à un environnement culturel et linguistique nouveau. Ne maîtrisant pas l’anglais, il accepte plusieurs petits emplois, notamment dans un supermarché, une boucherie et une exploitation agricole. En parallèle, il apprend la langue et s’efforce de construire les bases de son avenir dans son pays d’accueil.
Son premier grand tournant intervient grâce aux études. Deng Adut obtient un diplôme supérieur en comptabilité avant de s’orienter vers le droit. Il poursuit sa formation à l’Université de Western Sydney, où il décroche un diplôme en droit en 2010. Cette progression, acquise malgré les difficultés financières et linguistiques, lui ouvre les portes d’une profession exigeante, dans laquelle la maîtrise de la langue, la connaissance des institutions et la reconnaissance des qualifications sont essentielles.
Après sa formation, il devient avocat spécialisé en droit pénal et cofonde un cabinet juridique, l’Australian Criminal Law Group, dans la région de Sydney. Il intervient notamment auprès de personnes issues de la communauté sud-soudanaise et d’autres milieux vulnérables. Son expérience personnelle lui permet de mieux comprendre les obstacles auxquels peuvent être confrontés les réfugiés et les populations défavorisées dans leur accès à la justice.
La reconnaissance de son parcours dépasse progressivement le milieu juridique. En 2016, son histoire attire largement l’attention du public australien, notamment grâce à une vidéo consacrée à sa vie. Il est désigné New South Wales Australian of the Year pour 2017, une distinction qui récompense ses réalisations et sa contribution à la société. Son itinéraire devient ainsi un exemple de réussite pour de nombreux jeunes, en particulier ceux qui doivent reconstruire leur vie après un déplacement forcé.
Au-delà de sa carrière, Deng Adut s’engage également dans l’accompagnement des réfugiés. Il crée la John Mac Foundation, en mémoire de son frère, afin de soutenir notamment l’éducation, le mentorat et l’insertion professionnelle de jeunes dont la vie a été bouleversée par la guerre. Cette initiative traduit une volonté de transformer une expérience personnelle douloureuse en un soutien concret pour d’autres personnes confrontées à des difficultés similaires.
Le parcours de Deng Adut montre que l’intégration en Australie peut conduire à une réussite professionnelle et à une reconnaissance publique, même après un départ marqué par des circonstances extrêmes. Il ne signifie pas que tous les migrants bénéficient des mêmes possibilités : l’apprentissage de l’anglais, l’accès aux études, les conditions matérielles et l’accompagnement restent déterminants. Pour les Africains qui envisagent de s’installer en Australie, son histoire met surtout en évidence l’importance de la formation, de la persévérance et de l’engagement dans la société d’accueil.
Claude Jovial Wendy
