L’Allemagne a renouvelé son Bundestag le 23 février 2025, à la suite de la chute de la coalition d’Olaf Scholz. Le scrutin a porté au premier plan plusieurs formations : la CDU/CSU, conservatrice, conduite par Friedrich Merz ; le SPD social-démocrate d’Olaf Scholz ; les Verts de Robert Habeck et Annalena Baerbock ; l’AfD, formation de droite radicale menée par Alice Weidel ; et Die Linke, gauche radicale. La CDU/CSU a obtenu 28,6 % des voix, l’AfD 20,8 %, le SPD 16,4 %, les Verts 11,6 % et Die Linke 8,8 %.
Le principal enjeu politique est l’avenir économique et social du pays. L’industrie allemande fait face à une concurrence accrue, à la hausse des coûts énergétiques et aux transformations liées à l’automobile électrique et à la transition numérique. Friedrich Merz, devenu chancelier, défend une orientation plus favorable à la compétitivité et à l’investissement, tandis que le SPD met davantage l’accent sur la protection sociale et les salariés. Les Verts placent la transition écologique au cœur de leur projet, alors que l’AfD privilégie notamment une politique migratoire restrictive et critique plusieurs politiques climatiques.
L’immigration constitue l’un des dossiers les plus sensibles. L’AfD réclame un durcissement marqué de la politique migratoire, tandis que les autres grands partis défendent des approches différentes concernant l’asile, l’intégration, les expulsions et l’immigration de travail. Cette question est devenue centrale dans le débat allemand, notamment en raison des préoccupations liées à la sécurité, au logement, aux services publics et au marché du travail. Le résultat de 2025 montre surtout que l’AfD dispose désormais d’un poids électoral important, même si elle reste exclue de la coalition gouvernementale actuelle.
Pour les immigrés et les communautés africaines vivant en Allemagne, l’évolution politique pourrait avoir des conséquences concrètes sur les conditions d’entrée, le regroupement familial, l’asile, les naturalisations et les politiques d’intégration. Mais il faut distinguer les positions des partis des mesures effectivement adoptées : en Allemagne, une formation ne peut généralement pas gouverner seule et les compromis de coalition déterminent largement les politiques finales. Le système électoral allemand favorise précisément cette logique de coalition.
Pour l’Afrique, l’enjeu est également économique et diplomatique. L’Allemagne demeure une puissance industrielle majeure et un acteur important de l’Union européenne. Ses choix concernant les investissements, l’aide au développement, les matières premières stratégiques, l’énergie et les partenariats commerciaux peuvent avoir des répercussions sur les économies africaines. Pour les pays africains producteurs de minerais critiques, notamment en Afrique centrale, l’évolution de la stratégie industrielle allemande peut créer des opportunités autour des chaînes d’approvisionnement, mais aussi renforcer les exigences européennes en matière de traçabilité, de normes environnementales et de gouvernance.
À plus long terme, le paysage politique allemand devrait rester marqué par trois grandes questions : immigration, compétitivité économique et place de l’Allemagne dans l’Europe et dans le monde. Les élections régionales de septembre 2026 ont d’ailleurs montré la progression de l’AfD dans certains Länder, tandis que la CDU de Friedrich Merz a subi des revers importants, ce qui pourrait accentuer les débats internes sur l’immigration et l’orientation du gouvernement. Ainsi, pour l’Afrique comme pour les immigrés, l’évolution allemande dépendra moins d’un seul scrutin que des rapports de force entre partis, des futures coalitions et des décisions prises à Berlin et au niveau de l’Union européenne.
Claude Jovial Wendy
