La cartographie mondiale s’invite de nouveau dans l’actualité internationale. Deux jours après l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies d’une résolution portée par le Togo pour promouvoir une représentation plus fidèle des superficies des continents, Donald Trump a publié, lundi 7 septembre 2026, sur son réseau Truth Social, une carte représentant un territoire américain largement élargi.
L’image englobe notamment le Canada, le Mexique, le Groenland, Cuba ainsi que plusieurs territoires français des Caraïbes, dont la Guadeloupe et la Martinique. Le président américain n’a accompagné cette publication d’aucun commentaire.
Cette publication intervient dans un contexte particulièrement symbolique. Le 4 septembre, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté, à l’initiative du Togo et avec le soutien du Groupe africain et de l’Union africaine, la résolution « Correct the Map ». Le texte encourage une représentation cartographique plus fidèle des proportions réelles des continents, notamment à travers la projection Equal Earth, qui réduit les importantes distorsions de la traditionnelle projection de Mercator. Le vote a recueilli 164 voix pour, six abstentions et une seule voix contre : celle des États-Unis.
L’enjeu de cette résolution est d’abord cartographique et pédagogique : la projection de Mercator, conçue au XVIᵉ siècle pour faciliter la navigation, agrandit visuellement les régions proches des pôles et réduit celles situées autour de l’équateur. L’Afrique apparaît ainsi beaucoup plus petite qu’elle ne l’est réellement, tandis que le Groenland peut sembler comparable au continent africain alors que l’Afrique est environ quatorze fois plus vaste. La résolution de l’ONU n’interdit toutefois pas la projection de Mercator et n’impose pas juridiquement une nouvelle carte ; elle encourage l’adoption de représentations plus proportionnelles dans l’éducation, les institutions, les médias et les outils numériques.
C’est dans ce contexte que l’image publiée par Donald Trump prend une dimension particulière. Sur cette carte, les couleurs et le drapeau américains recouvrent des territoires qui ne font pas partie des États-Unis, notamment la Guadeloupe et la Martinique, qui sont des territoires français des Caraïbes. La même représentation englobe également plusieurs espaces étrangers, dont le Canada et le Mexique. La publication ne constitue pas, à elle seule, une modification juridique des frontières américaines : elle intervient cependant alors que la question de l’expansion territoriale américaine a régulièrement été évoquée par Donald Trump, notamment à propos du Groenland.
Deux images cartographiques se retrouvent ainsi au cœur de l’actualité internationale : d’un côté, une initiative africaine portée par le Togo à l’ONU pour corriger les distorsions dans la représentation des superficies du monde ; de l’autre, une carte publiée par le président américain représentant un territoire des États-Unis bien au-delà de ses frontières reconnues. Si la résolution « Correct the Map » relève officiellement de la représentation géographique et n’a pas de portée juridiquement contraignante, la publication de Donald Trump relance, elle, le débat sur la manière dont les cartes peuvent aussi servir à projeter une vision politique ou territoriale du monde.
Luc Jovial Wendy
