Le Collectif des victimes de l’agression rwandaise, CVAR-ONGDH, a organisé, samedi 15 août 2026, une cérémonie de commémoration en mémoire des victimes des massacres et autres exactions commises dans l’Est de la République démocratique du Congo. L’activité s’est tenue sous la tente d’Espérance de l’Université chrétienne bilingue du Congo (UCBC), en ville de Beni, en présence de plusieurs autorités politico-administratives et civiles, ainsi que des victimes des violences attribuées aux ADF-MTM et à l’AFC-M23/RDF.
À travers cette cérémonie, le CVAR-ONGDH a honoré la mémoire des personnes tuées au cours des différents cycles de violences, mais a également attiré l’attention des autorités sur la situation difficile que vivent les survivants. L’organisation a notamment appelé la justice congolaise à jouer pleinement son rôle en poursuivant et en sanctionnant, conformément à la loi, les auteurs des crimes commis contre les populations civiles.
Prenant la parole à cette occasion, le président du CVAR-ONGDH, Innocent Rugero, a déploré les conditions de vie précaires auxquelles sont confrontées de nombreuses victimes. Certaines, devenues handicapées à la suite des violences, éprouvent d’importantes difficultés à subvenir à leurs besoins et nécessitent, selon lui, un accompagnement approprié de la part de l’État et de ses partenaires.
« Nous sommes venus ici pour nous souvenir de nos proches tués innocemment dans cette guerre, mais aussi donner de l’espoir aux survivants et demander au gouvernement congolais et à ses partenaires de venir en aide à ces survivants. Nous demandons également qu’ils s’impliquent pour le retour de la paix dans notre pays et que justice soit rendue aux victimes, afin que ceux qui ont commis ces actes soient punis conformément à la loi », a-t-il déclaré.
Parmi les participants figurait Muhindo Changu John, victime des violences armées dans l’Est de la RDC. Aujourd’hui en situation de handicap, il affirme être né sans cette limitation physique. Il raconte avoir été criblé de balles pendant les affrontements, avant de passer près de deux années à l’hôpital pour recevoir des soins.
Selon lui, les victimes, particulièrement les personnes vivant avec un handicap, ont besoin d’un accompagnement durable pour pouvoir retrouver une certaine autonomie. Il sollicite notamment la mise en place d’activités génératrices de revenus afin de permettre aux survivants de reconstruire progressivement leur vie.
« Je suis né en bonne santé physique. J’étais commerçant et je faisais de l’agriculture, mais la guerre m’a rendu handicapé. Vraiment, nous souffrons. De mon côté, j’ai été criblé de balles et j’ai passé environ deux ans à l’hôpital. J’ai perdu mes biens et beaucoup de membres de ma famille qui étaient avec moi à Kanyaruchinya, aux alentours de Goma. Nous, les personnes handicapées, nous n’avons plus rien. Nous demandons au gouvernement congolais, à travers le FONAREV, de nous venir véritablement en aide », a-t-il témoigné.
Muhindo Changu John plaide également pour l’identification et la sécurisation des fosses communes dans lesquelles certaines victimes de la guerre ont été enterrées. Il estime que cette démarche permettrait aux familles et aux proches de disposer de lieux précis où se recueillir et rendre hommage aux personnes disparues.
La cérémonie s’est clôturée par le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes de cinq personnes issues de la communauté pygmée, tuées le 30 mai 2026 lors d’une attaque attribuée aux ADF à Ngadi. Ces tombes sont situées dans la cellule Kipriani, au quartier Masiani, à proximité de l’UCBC.
À cette occasion, le Mwami Atchou Taibo Alphonse, chef du village Bapakombe Bakondo, a appelé la population à davantage de vigilance et à une prise de conscience face à la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays.
« Chaque jour, le bilan s’alourdit. Si nous ne prenons pas conscience et ne nous battons pas pour notre liberté, nous ne cesserons de mourir et de subir les affres de cette guerre qui caractérise l’Est de la République démocratique du Congo. Je nous demande de prendre conscience et de multiplier les efforts, car nos ennemis cherchent à tout prix à occuper nos terres », a-t-il déclaré.
Pour le CVAR-ONGDH, cette commémoration constitue ainsi un moment de mémoire, mais également un plaidoyer en faveur de la justice, de la réparation et de l’accompagnement des survivants.
L’organisation appelle, par ailleurs, les autorités congolaises à renforcer leurs efforts pour restaurer la sécurité et créer les conditions nécessaires au retour des populations déplacées dans leurs milieux d’origine. L’activité a été organisée avec l’appui du Fonds national de réparation des victimes, FONAREV.
Gires Kasongo
