L’annonce a fait l’effet d’une bombe à Goma. Ce lundi 12 octobre 2026, l’ancien président Joseph Kabila a été officiellement présenté comme président du Front pour la refondation de la nation (FRN), un nouveau mouvement politico-militaire présenté comme succédant à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).
Selon la déclaration lue par son conseiller, Claude Ibalanky, Joseph Kabila sera épaulé par quatre vice-présidents : Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Freddy Kaniki et le général Sultani Makenga, qui conserve également ses fonctions de chef d’état-major général de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC).
Le FRN affirme vouloir « fédérer et coordonner toutes les forces de résistance afin de mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force », en invoquant l’article 64 de la Constitution.
Cette officialisation intervient trois jours après le discours offensif de Joseph Kabila, prononcé le 9 octobre, au cours duquel il a vivement critiqué la gestion du président Félix Tshisekedi. Elle fait également écho aux analyses du Groupe d’experts des Nations unies qui, dans son rapport du 11 juin 2026, évoquait déjà une possible restructuration de l’AFC/M23 autour de l’ancien chef de l’État.
Si la création du FRN clarifie davantage le positionnement politique de Joseph Kabila, elle place dans une situation délicate deux figures majeures de l’opposition congolaise : Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund. Ces deux leaders, membres influents de la coalition d’opposition C64, ont défendu la participation de l’ancien président au dialogue national inclusif prôné par Félix Tshisekedi.
Depuis Paris et Bruxelles, Martin Fayulu a régulièrement insisté sur la nécessité d’inclure les acteurs concernés par la crise. « Ils sont parties prenantes du dialogue. Kabila a dirigé ce pays. […] Il doit venir nous dire pourquoi il le fait, quel est le problème », a-t-il notamment déclaré. Il plaidait également pour la participation de Corneille Nangaa, estimant que « les linges sales se lavent en famille ».
Cette approche inclusive, Martin Fayulu l’a résumée en ces termes : « Je n’exclus ni Kabila, ni le M23, ni l’AFC. J’ai toujours dit que nous devions être tous ensemble autour d’une table. »
Désormais, l’équation politique se complexifie. Joseph Kabila n’est plus seulement un ancien président dont l’opposition réclame la participation aux discussions nationales. Il prend officiellement la tête d’un mouvement politico-militaire qui revendique le recours à la force contre le pouvoir de Kinshasa et s’inscrit dans un contexte de conflit armé dans l’Est du pays.
La question est désormais de savoir si Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund maintiendront leur position en faveur de la participation de Joseph Kabila au dialogue national. Vont-ils réaffirmer leur volonté d’inclure tous les protagonistes, au risque de susciter des interrogations sur leur positionnement face au FRN ? Ou préciseront-ils les conditions politiques auxquelles cette participation devrait être soumise ?
Ce mardi matin, plus de douze heures après l’annonce de la création du FRN, aucune réaction officielle des deux leaders n’était encore rapportée dans les éléments disponibles. Leur prise de position est particulièrement attendue, tant elle pourrait éclairer les lignes de fracture au sein de l’opposition et peser sur les perspectives du dialogue national.
Zephyrin Amboka Pengume
