Alors que les appels en faveur d’un dialogue national inclusif se multiplient en République démocratique du Congo (RDC), la question de la participation des acteurs politiques et militaires impliqués, directement ou indirectement, dans la crise actuelle continue de susciter le débat.
Lors d’un échange avec des membres de son parti, tenu le 12 août 2026 à Bruxelles, en Belgique, Martin Fayulu s’est prononcé en faveur de la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa à un éventuel processus de dialogue national. Selon l’opposant congolais, ces deux personnalités constituent des parties prenantes qu’il serait difficile d’écarter d’une démarche visant à rechercher une issue à la crise que traverse le pays.
« La participation de Joseph Kabila et de Monsieur Nangaa, ils sont parties prenantes. Kabila a dirigé ce pays, son statut, dites ce que vous voulez, il est là. Ils ont dit que c’est lui qui arme, c’est lui qui finance l’AFC/M23. Mais il doit venir nous dire pourquoi il le fait, quel est le problème », a déclaré Martin Fayulu.
Par ces propos, le président de l’ECiDé estime que les accusations portées contre l’ancien chef de l’État doivent, selon lui, pouvoir être abordées dans un cadre de discussion contradictoire, plutôt que de constituer un motif d’exclusion du dialogue.
Évoquant ensuite Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et figure aujourd’hui associée à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), Martin Fayulu a également estimé que sa participation permettrait de comprendre les motivations qui sous-tendent son engagement dans la rébellion.
« Nangaa était président de la Commission électorale nationale indépendante, c’est lui qui a proclamé Tshisekedi comme gagnant alors que Tshisekedi n’avait pas gagné. Maintenant, il a pris les armes contre le pays, il tue ou fait tuer ses frères et sœurs qui ont le sang humain comme lui et qui sont ressortissants du même pays que lui. Il faut qu’il vienne nous dire pourquoi il fait cela », a-t-il poursuivi.
Pour Martin Fayulu, l’objectif d’un dialogue ne devrait toutefois pas être de légitimer les positions ou les actes des différentes parties, mais de permettre à celles-ci de présenter leurs griefs, de répondre aux accusations qui leur sont adressées et de rechercher des solutions politiques à la crise.
L’opposant congolais insiste ainsi sur la nécessité de privilégier la discussion, y compris avec des acteurs avec lesquels les divergences sont profondes.
« Et comme on dit, les linges sales se lavent en famille, qu’on les lave. Moi, il m’a fait du tort, j’ai pardonné parce qu’on dit qu’un chrétien a deux valeurs : la première, c’est l’amour et la deuxième, c’est le pardon. S’ils ont des griefs contre Tshisekedi ou contre le pays, qu’on se parle, on peut laver les mains. C’est pourquoi nous disons que nous mettons ce dialogue sous le thème de la vérité », a-t-il expliqué.
La question de l’inclusivité au cœur du débat
Cette prise de position intervient dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu en RDC, marqué par la persistance des violences dans l’est du pays et par de profondes divisions entre les principaux acteurs politiques.
Dans ce contexte, l’éventualité d’un dialogue national soulève une question centrale : qui doit y prendre part et selon quels critères ?
Pour les partisans d’un processus véritablement inclusif, l’exclusion des acteurs disposant d’une influence politique, militaire ou sociale importante pourrait compromettre la portée d’un éventuel accord. À l’inverse, la participation de personnalités ou de mouvements accusés d’être impliqués dans les violences ou dans la déstabilisation du pays pourrait également susciter de fortes réserves.
C’est précisément sur cette ligne de fracture que se situe la proposition de Martin Fayulu. Pour lui, le dialogue doit permettre de mettre les différends sur la table et de confronter les différentes versions des faits, y compris celles des acteurs les plus controversés.
« Le dialogue sous le thème de la vérité »
En plaçant son approche sous le signe de la « vérité », Martin Fayulu défend donc l’idée d’un cadre dans lequel les protagonistes de la crise pourraient s’expliquer sur leurs responsabilités, leurs revendications et leurs motivations.
Son approche repose sur la conviction que les divergences politiques, aussi profondes soient-elles, doivent pouvoir être examinées dans un cadre de discussion susceptible de déboucher sur des compromis.
Reste à savoir si les différentes forces politiques et sociales congolaises parviendront à s’accorder sur les contours, les participants et les objectifs d’un éventuel dialogue national.
Dans un pays confronté simultanément à des défis sécuritaires, politiques et institutionnels majeurs, la question de l’inclusivité apparaît ainsi comme l’un des principaux enjeux de toute initiative visant à favoriser une sortie de crise durable.
Don de Dieu Mbavu
