Le débat sur la participation de l’AFC/M23 au prochain dialogue national continue de susciter des réactions au sein de la classe politique congolaise. Dans une interview accordée à 24 News Agency, l’ancien député national Mike Mukebayi estime que la recherche d’une solution à la crise dans l’Est de la RDC doit reposer sur une approche globale, impliquant tous les acteurs concernés.
Pour lui, la question ne devrait pas être de savoir si la présence de l’AFC/M23 est « indispensable ou pas », mais plutôt de prendre en compte les rapports de force et les réalités déjà établies sur le terrain. « L’approche pour régler la crise doit être holistique. Elle doit englober tous les intervenants et tous les acteurs », soutient Mike Mukebayi. Il estime que Kinshasa a déjà engagé des discussions avec l’AFC/M23, notamment à travers les mécanismes de suivi du cessez-le-feu et le processus de Doha.
L’ancien élu affirme que cette évolution a déjà changé la nature des rapports entre Kinshasa et le mouvement politico-militaire. « Aujourd’hui, Félix Tshisekedi a déjà légitimé l’AFC/M23. C’est un interlocuteur, ce n’est plus simplement un mouvement rebelle », déclare-t-il. Il cite notamment la présence d’officiers supérieurs des FARDC dans les mécanismes de suivi du cessez-le-feu et les différents engagements pris dans le cadre des négociations.
« Il faut prendre tous les éléments du puzzle »,estime Mike Mukebayi estime .
Selon ce dernier les questions directement liées à la belligérance doivent être réglées entre les parties engagées dans le conflit. Il évoque notamment le cessez-le-feu, la libération des prisonniers, le désarmement, le retour à la vie civile ou encore les modalités éventuelles d’intégration des combattants.
Mais, selon lui, les conclusions de ces discussions devront ensuite être soumises à un consensus politique plus large. « Vous voulez régler la crise, vous prenez les éléments du puzzle qui sont devant vous. Si vous commencez à prendre certains éléments du puzzle et à les mettre à côté, vous allez construire une maison qui ne tiendra pas », explique-t-il.
L’ancien député rejette également l’idée selon laquelle son appel à l’inclusivité reviendrait à soutenir l’AFC/M23. « Il ne s’agit pas d’une défense, il s’agit d’une évidence », insiste-t-il, rappelant que Kinshasa a parallèlement engagé des discussions avec Kigali et avec l’AFC/M23.
Il distingue ainsi trois niveaux dans le processus de paix : les discussions RDC-Rwanda, le processus de Doha entre Congolais et, enfin, un dialogue politique interne entre les différentes composantes de la société congolaise.
Inclusivité et neutralité de la médiation
Sur sa propre participation au dialogue national, Mike Mukebayi affirme que la présence de l’AFC/M23 ne constitue pas une condition préalable posée par l’opposition non armée. « Nous n’avons pas fait de la présence de l’AFC/M23 une condition pour nous. Ce que nous exigeons, c’est le caractère inclusif du processus et la neutralité de la médiation », précise-t-il.
Il critique, dans ce contexte, ce qu’il considère comme une démarche trop verticale dans la préparation du dialogue. « Nous ne voulons pas que M. Félix Tshisekedi ait le droit de choisir qui inviter, parce qu’il est une partie à la crise », affirme-t-il, appelant à une médiation suffisamment neutre pour permettre la participation des différentes composantes concernées.
Enfin, Mike Mukebayi voit dans le dialogue une voie politique incontournable pour tenter de mettre fin à une crise vieille de plusieurs décennies. Il ne promet toutefois pas une résolution immédiate de tous les problèmes. « Je ne présente pas le dialogue comme une panacée, en disant qu’une fois au dialogue, nous allons nous retrouver dans le meilleur des mondes et que tout sera réglé. Mais c’est la seule issue que nous avons devant nous », conclut-il.
Jacques Amboka
