Le théâtre congolais a marqué plusieurs générations et occupé une place centrale dans la culture populaire du Zaïre. À travers l’OZRT, les familles retrouvaient notamment chaque jeudi les comédiens du « Maboke », avec des figures comme Tshitenge N’Sana, Ebale, Doudou, Kwedy, Bomengo, Bolingo, Sans Souci et Mabele. Leurs prestations, inspirées de la vie quotidienne, ont fait du théâtre télévisé un véritable phénomène populaire.

Derrière cette génération se trouvait une véritable école artistique. Tshitenge N’Sana s’est notamment illustré comme formateur et metteur en scène, contribuant à révéler plusieurs talents qui ont ensuite évolué dans la réalisation, la télévision et le théâtre. Après cette première génération, d’autres comédiens ont pris le relais, maintenant vivante une tradition qui a longtemps fait du Congo l’un des grands foyers du théâtre populaire en Afrique.

Mais le Zaïre ne s’est pas limité au théâtre télévisé. Le pays a également vu émerger des cinéastes capables de porter les histoires congolaises à l’étranger. Mweze Ngangura en est l’une des figures majeures. Son film « La Vie est belle », réalisé en 1987 avec Benoît Lamy et porté notamment par Papa Wemba, est devenu l’une des œuvres emblématiques du cinéma congolais et africain, mêlant musique, humour et chronique sociale.
Une autre œuvre, « Pièces d’identité », est venue confirmer cette capacité à produire un cinéma reconnu au-delà des frontières.

Le film de Mweze Ngangura a notamment remporté le Grand Prix du FESPACO en 1999, l’Étalon de Yennenga. Ces succès montrent que le Congo disposait déjà d’acteurs, de réalisateurs et d’histoires capables de séduire un public international. Alors, pourquoi cette créativité n’a-t-elle pas donné naissance à une industrie comparable à Nollywood au Nigeria ou au cinéma sud-africain ? L’une des explications tient à l’absence d’un écosystème durable : financements, producteurs, infrastructures, salles de cinéma, formation technique, distribution et protection des droits d’auteur. Les crises économiques, politiques et sécuritaires ont également fragilisé la production culturelle et poussé certains professionnels à poursuivre leur carrière à l’étranger.

Aujourd’hui, le numérique offre une nouvelle chance au théâtre et à l’humour congolais. YouTube, TikTok, Facebook et les autres plateformes permettent à une nouvelle génération de comédiens et de créateurs de produire et de toucher directement le public, en RDC comme dans la diaspora. Les formats ont changé : sketches, web-séries, capsules humoristiques et courts métrages prennent progressivement la place des anciennes pièces diffusées à la télévision.

Mais la popularité sur les réseaux sociaux ne constitue pas encore une industrie. Le véritable enjeu est de transformer cette audience en un secteur culturel structuré, capable de financer des productions régulières, de professionnaliser les métiers du cinéma, de développer la distribution et de conquérir les marchés africains et internationaux. Le potentiel existe, mais il faut encore construire l’environnement permettant aux talents de vivre durablement de leur art.

Du « Maboke » aux productions numériques, l’histoire du théâtre congolais révèle donc un paradoxe : le pays n’a jamais manqué de talents, de comédiens ni d’histoires à raconter. Des pionniers comme Tshitenge N’Sana, des œuvres comme « La Vie est belle » et « Pièces d’identité », jusqu’aux créateurs de la nouvelle génération, témoignent d’un potentiel considérable. La question reste désormais de savoir comment transformer cet héritage artistique en une véritable industrie congolaise du cinéma et du théâtre, capable de rayonner durablement au-delà des frontières.

La Rédaction