Le président du PASTEF, Ousmane Sonko, est un opposant majeur : charismatique, cohérent et populaire. Mais il faut rappeler qu’un grand opposant n’est pas toujours un grand dirigeant, et encore moins un excellent Président.

En politique, le pouvoir obéit à ses propres règles, parfois incompréhensibles même pour ceux qui l’exercent. Sonko est un opposant redoutable, mais qu’est-ce qui garantit qu’il sera un dirigeant du même calibre ? Conquérir le pouvoir est une chose ; l’exercer en est une autre.

L’écart entre l’opposition et l’exercice du pouvoir dépasse souvent la distance qui sépare la terre du ciel.

Oui, Ousmane Sonko pourrait un jour devenir Président du Sénégal. Ce n’est probablement qu’une question de temps, si Dieu le veut. Mais au rythme où vont les choses, il risque aussi d’être à l’origine de l’une des plus grandes déceptions politiques une fois au pouvoir.

Ce que beaucoup ne perçoivent pas, c’est que l’immense engouement, l’amour et les soutiens dont bénéficie aujourd’hui le leader du PASTEF découlent en grande partie de la fatigue ou de la déception engendrées par les dirigeants qui l’ont précédé. Sonko incarne incontestablement l’espoir de la majorité des Sénégalais. Mais c’est précisément cet espoir massif qui pourrait se muer en déception historique s’il ne parvient pas à répondre aux aspirations légitimes du peuple.

Il n’existe rien de plus instable que l’amour d’un peuple, et rien de plus impatient que ce même peuple. Une fois au pouvoir, les perceptions changent : les attentes deviennent pressantes et les exigences se multiplient.

Rappelons que le pouvoir est complexe, parfois même mystique, et qu’aucun dirigeant ne possède de baguette magique capable de transformer immédiatement les réalités d’une nation.

Que chacun se ressaisisse : ceux qui s’agitent aujourd’hui pour défendre Sonko pourraient être les premiers déçus demain, lorsqu’il sera confronté aux réalités du pouvoir.

L’histoire politique, en Afrique comme ailleurs, a montré que nombre de grands opposants se sont révélés être de médiocres dirigeants. L’inspecteur Sonko a encore du temps pour réfléchir, se renforcer et mieux se préparer : si l’opposition peut se nourrir de populisme, l’exercice du pouvoir, lui, exige des résultats concrets, souvent difficiles à obtenir.

Le temps, lui, reste le meilleur juge.

 

Condé Mohamed / Condé Le Juriste, Analyste