À Kinshasa, les embouteillages sont devenus bien plus qu’un problème de circulation. Chaque jour, des milliers de Kinois passent plusieurs heures dans les bouchons pour rejoindre leur lieu de travail, leurs écoles ou leurs activités commerciales. Cette situation pèse directement sur la qualité de vie et réduit le temps disponible pour travailler, produire ou développer une activité économique.
Pour les entreprises, le coût est également important. Les retards répétés des employés, les difficultés de déplacement des clients et les livraisons perturbées entraînent des pertes de temps et une baisse de productivité. À cela s’ajoutent la consommation supplémentaire de carburant, l’usure accélérée des véhicules et les coûts logistiques, qui peuvent se répercuter sur les prix des biens et des services.
Les transports de marchandises sont particulièrement affectés. Un véhicule immobilisé pendant plusieurs heures représente du temps de travail perdu et retarde l’approvisionnement des marchés, des commerces et des entreprises. Dans une économie où de nombreuses activités reposent sur les déplacements quotidiens, ces heures perdues finissent par constituer un manque à gagner collectif.
L’impact dépasse toutefois le secteur privé. Une ville qui circule difficilement limite également la capacité de l’État à maximiser ses recettes. Lorsque les activités commerciales ralentissent, que les livraisons sont retardées ou que les travailleurs consacrent une partie importante de leur journée aux déplacements, la production et les transactions peuvent diminuer, avec des conséquences sur les recettes fiscales et parafiscales.
Le phénomène s’explique par plusieurs facteurs : croissance rapide de la population urbaine, concentration des activités économiques dans certains quartiers, insuffisance des infrastructures routières, état de certaines voiries, stationnement anarchique et faiblesse de l’offre de transport collectif. S’y ajoutent les comportements des usagers et les difficultés de gestion des principaux axes de circulation. Les embouteillages sont donc le résultat d’un ensemble de facteurs qui nécessitent une réponse coordonnée.
Réduire ces pertes exige une approche globale : améliorer les routes et les carrefours, renforcer les transports publics, mieux organiser le stationnement et la circulation, développer des pôles économiques en dehors du centre-ville et utiliser les données pour mieux gérer le trafic. À Kinshasa, fluidifier la circulation n’est donc pas seulement une question de mobilité : c’est aussi un enjeu de productivité, de compétitivité et de recettes pour l’économie urbaine et nationale.
Jacques Amboka
